Opéra

Salut à la France !

Michael Fabiano - Photo: Diego Bendezu

Après un passage éclair au Capitole de Toulouse pour sauver une représentation de Carmen lors des reprises du chef-d’œuvre de Georges Bizet début 2022 (in fine huit distributions acrobatiques pour huit représentations post Covid…), le ténor américain Michael Fabiano revenait sur l’illustre scène toulousaine pour une première mondiale, celle de son programme de mélodies… françaises. Celui qui est affiché sur les plus grandes scènes du monde dans un répertoire essentiellement italien (Verdi, Puccini) s’est donc lancé le défi d’affronter un genre précieux, méticuleux et fragile entre tous. Avec l’aide de Martin Katz, doyen des pianistes collaboratifs, appellation qu’il préfère à celle d’accompagnateur, ce lyrico-dramatique a mis en première partie de son programme quatre opus de Charles Gounod et autant de mélodies sur des textes de Victor Hugo mis en musique par Franz Liszt. Après l’entracte, place à Henri Duparc, à l’évidence son préféré. La voix de Michael Fabiano a l’envergure naturelle des grands vaisseaux (MET de New York, Opéra de Paris Bastille, Scala de Milan, etc.). Comment dompter pareil organe dans un répertoire aussi miniaturiste ? Si la première partie du récital démontre la recherche constante de cette maîtrise nécessaire, la seconde partie, dédiée à ce compositeur français décédé à Mont-de-Marsan en 1933, prouve qu’elle est atteinte. De Chanson triste à Phidylé, Michael Fabiano a choisi douze mélodies qui vont faire chavirer le public. Le ténor a trouvé son domaine d’élection. Dans une prosodie frôlant le parfait, la voix s’allège jusqu’au murmure et laisse libre cours à des élans lyriques d’une beauté souveraine. Qui plus est, s’affranchissant alors du pupitre, l’artiste s’empare de l’espace scénique et nous fait vivre les tourments posés sur ces lignes signées entre autres par Baudelaire et Leconte de Lisle avec une émotion qui transcende le genre.  Imaginez l’accueil des spectateurs. Du délire !

Michael Fabiano – Photo: Jiyang Chen

Du coup, et comme enfin libéré d’un stress bien compréhensible, dans une connivence amusante avec la salle, il va enchaîner une troisième partie dédiée aux grands titres lyriques de son compositeur français favori : Jules Massenet. Quatre bis qui ont mis le public en transe, trois ouvrages qu’il a déjà interprétés sur scène :  Hérodiade (Ne pouvant réprimer les élans de la foi), Werther (Lorsque l’enfant revient de voyage avant l’heure/Pourquoi me réveiller) et, parce qu’il fallait bien se quitter, Manon (En fermant les yeux). Quatre bis chantés avec une intensité d’accents et une présence scénique dévoilant, pour ceux qui l’ignoraient, l’immense artiste. Car il en est un véritable ! Un artiste au timbre d’un cuivre solaire, au vibrato parfaitement contrôlé, capable de chanter sur le fil de la voix sans en perdre la couleur ni le timbre, maitrisant un souffle sans fin qui s’épanouit sur un appui en acier, l’ambitus est large et les registres homogènes et soudés. Il rêve du jour où il chantera le Maure vénitien. C’est tout le bien que nous lui souhaitons !

Robert Pénavayre

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