Opéra

Pour son Midi du Capitole Petr Nekoranec chante en sept langues différentes

Petr Nekoranec
Petr Nekoranec

Le public toulousain a découvert le jeune ténor tchèque Peter Nekoranec en mai 2022. Il revient, à l’invitation de Christophe Ghristi, dans le rôle d’Arbace pour les reprises d’Idomeneo de W A Mozart. Son séjour à Toulouse se double d’un Midi du Capitole qui devrait nous faire découvrir tout l’univers musical de cet artiste qui met à son répertoire aussi bien Monteverdi que Iain Bell, un jeune compositeur britannique dont il a inscrit au programme de son récital un cycle de mélodies que ce musicien lui a dédié. Ce sera une première en France.

Rencontre

Classictoulouse : Vous avez découvert le Théâtre du Capitole avec le rôle d’Almaviva lors des reprises du Barbier de Séville de Rossini en mai 2022. Quelle a été votre actualité depuis lors ?

Petr Nekoranec :  Je viens de chanter le rôle de David dans le David et Jonathan de Charpentier. Cela m’a permis d’approfondir la technique si particulière de la voix de haute-contre, une technique appartenant à l’école française de chant. Lorsque Teresa Berganza m’a dit, ici même au Capitole, lors de la finale du Concours de chant, que j’étais un ténor « di grazia », je pense que je n’ai pas saisi exactement ce qu’elle voulait me dire. Après l’expérience David et Jonathan, je pense avoir compris son message. C’était en 2014 et j’avais alors 22 ans ! En définitive lorsque j’utilise cette technique je me situe entre le contre-ténor et le ténor lyrique. Il est prévue une tournée internationale avec ce David et Jonathan ainsi qu’un enregistrement. Cela dit je m’aperçois aujourd’hui que ma voix devient de plus en plus lyrique. Autre chose importante pour moi, c’est mon premier Roméo dans le Roméo et Juliette de Gounod à l’Opéra de Prague. Cette prise de rôle a été une grande satisfaction car, d’une part, le rôle est très long et j’avais quelques craintes, d’autre part, j’ai la confirmation avec cet emploi que ma voix est vraiment en train d’évoluer vers un caractère plus lyrique. C’est un constat très important car il redéfinit ma carrière.

Vous chantez Arbace pour la première fois.

C’est étrange pour moi de chanter un personnage qui pourrait être mon père. C’est le confident d’Idomeneo. A vrai dire dans cette production que nous donnons au Capitole, la différence d‘âge n’est pas un problème pour moi.

En quoi l’écriture de ce rôle est différente de celle des trois autres ténors de cet ouvrage ?

C’est un peu la tessiture d’Idomeneo contrairement à celle d’Idamante beaucoup plus aigüe. En fait l’écriture d’Idamante doit se conjuguer avec celle d’Ila, c’est normal car ils sont amoureux l’un de l’autre. Idamante est un rôle très difficile, très long mais magnifique. J’espère un jour pouvoir le chanter. Le ténor d’Arbace ne pose pas de vrais problèmes. Il faut une voix souple, capable de vocaliser, de faire des trilles. Cela dit j’ai la chance que la version donnée au Capitole conserve ses deux arias ainsi que le magnifique récitatif qui introduit la seconde de ces arias. C’est très rarement le cas.

Parlons à présent de votre Midi du Capitole, le 29 février à 12h30. Vous présentez un programme de mélodies qui a une particularité bien singulière en cela qu’il sollicite 7 langues différentes : italien, norvégien, suédois, tchèque, français, anglais et russe. C’est un vrai challenge ! Comment est née l’idée d’un tel programme ? Qu’est-ce qu’il nous raconte ?

J’adore le temps d’un récital mais pour moi c’est toujours une vraie torture de composer le programme car je suis curieux de tout et j’aime tellement de musiques ! J’ai la chance de parler plusieurs langues et je veux systématiquement chanter dans les idiomes originels, cela ne me pose pas de problème. Toutes les mélodies que j’ai retenues sont différentes mais elles parlent à mon cœur, elles font parties de ma vie et je me souviens parfaitement de la première fois où je les ai entendues.

Petr Nekoranec
Petr Nekoranec

Un compositeur contemporain fait sa première apparition sur la scène du Capitole, l’Anglais Iain Bell…

C’est un musicien avec lequel j’ai fait connaissance par Instagram durant la pandémie. Il m’a entendu et a été séduit par ma voix. Il a décidé d’écrire pour moi. Sans me connaitre plus que cela ! Le cycle de trois mélodies que j’interprète au Capitole m’est dédié. Intitulé The undying splendour (L’Immortelle splendeur), il parle de la guerre. C’est un jeune compositeur à peine quadragénaire qui a déjà écrit cinq opéras. La voix est sa passion. C’est la première fois que sa musique est chantée en France.

Votre accompagnateur n’est rien moins qu’une référence absolue en son domaine, l’italien Vincenzo Scalera, qui fut le fidèle partenaire de Carlo Bergonzi, Montserrat Caballé, José Carreras et tant d’autres étoiles de l’art lyrique. Comment est née cette collaboration ?

Pour mon premier récital à Prague, mon agent l’a convaincu d’y participer. Je n’en revenais pas tellement Vincenzo Scalera n’accompagnait que de grandes stars du bel canto dans le monde entier. Finalement tout s’est super bien passé et nous sommes devenus amis. Et voilà, à présent il m’accompagne souvent. C’est une grande chance pour moi.

Vos projets après Toulouse ?

Ce sera le Théâtre des Champs Elysées à Paris avec David et Jonathan, puis Prague pour une reprise de Roméo et Juliette. Ensuite je travaillerais sur mon premier rôle en tchèque, en l’occurrence celui de Vit dans Le Secret de Bedrich Smetana. Je suis très heureux aussi de faire mes débuts au Festival d’Aix en Provence cette année dans Le Retour d’Ulysse dans sa patrie de Monteverdi. Je prépare en ce moment le rôle de Stefan dans Le Manoir hanté de Stanislaw Moniuszko. Et d’ici la fin de cette année je me lance, à Prague, dans le rôle de mes rêves : Rodolfo de La Bohème de Giacomo Puccini. Je me trompe peut-être mais j’ai envie de tenter cette expérience. Mes amis pensent que je suis fou d’aborder ce rôle mais, de toute manière, je ne forcerais jamais ma voix donc ce n’est pas dangereux pour moi.  Et puis l’Opéra de Prague est devenu MA maison, celle dans laquelle je peux prendre ce genre de risque. Jamais je ne le ferais ailleurs.

Propos recueillis par Robert Pénavayre le 23 février 2024

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