Opéra

Opéras et mélodies au menu du « Midi » de William Shelton

William Shelton - Photo : Liza Miri

La première participation d’un contre-ténor à la célèbre série des « Midi du Capitole » a connu un incroyable succès. En fait pas si incroyable que cela car l’artiste invité n’était autre que William Shelton, le contre-ténor franco-britannique révélé au public toulousain dans le rôle sulfureux de Gobst lors de la création mondiale au Capitole du Voyage d’Automne de Bruno Mantovani cette saison et à l’affiche actuellement dans le Jules César de Haendel sur cette même scène. Non prévu au programme, il était en remplacement, pour ce « Midi », de sa partenaire dans l’œuvre de Haendel sur notre scène, la contralto québécoise Rose Naggar-Tremblay qui, elle-même a dû suppléer au retrait dans cette production d’Elizabeth DeShong dans le rôle-titre. La vie de directeur de théâtre lyrique n’est décidément pas un long fleuve tranquille…

Revêtant un sympathique, printanier et so british costume beige clair, chemise blanche, papillon noir et pochette assortie, William Shelton nous précise qu’il bouscule un peu l’ordre des morceaux choisis tel qu’énoncé dans le programme. Dans un premier temps il va nous prouver que son ascendance franco-britannique n’est pas qu’un simple mot en déployant une prosodie stupéfiante de précision dans Reynaldo Hahn (Trois jours de vendanges), Charles Gounod (La Banc de pierre) et Gabriel Fauré (Soir). Cette dernière mélodie est suivie d’un solo de Julien LeBlanc, l’excellent pianiste canadien qui l’accompagne pour ce récital. Il interprète, dans un véritable ruissellement sonore, la troisième des Estampes que Claude Debussy compose en 1903 : Jardins sous la pluie. Suit une séquence opéra avec trois œuvres lyriques. La première, signée Benjamin Britten, Le Songe d’une nuit d’été, installe le contre-ténor sur une branche de son arbre généalogique. L’air d’Obéron qu’il a choisi : Welcome Wanderer … I know a bank, est un moment de magie incroyable montrant le compositeur au sommet de son art. William Shelton en détaille les nombreux affects avec une délicatesse de ton d’une infinie musicalité. De l’Italien Francesco Cavalli, le contre-ténor a choisi un extrait de son opéra Les Amours d’Apollon et de Daphné et plus particulièrement l’air d’Apollon : Misero Apollo, un lamento bouleversant traduisant pour le dieu soleil la perte définitive de Daphné alors changée en laurier. William Shelton sait ici trouver la largeur vocale nécessaire à l’épanchement du chagrin divin. Georg Friedrich Haendel ne pouvait qu’être de la fête. C’est l’air de Bertarido, Dove sei, extrait de Rodelinda, qui va ici illustrer le plus britannique des compositeurs allemands. Dans cet air, le héros est devant sa propre tombe et pense à sa femme qui le croit mort. Air bien sûr empreint d’une profonde émotion que l’artiste nous transmet avec une puissante conviction.

Il fallait bien un temps de repos au chanteur avant de conclure ce récital. Julien LeBlanc le lui donne en nous interprétant avec beaucoup de sensibilité un solo écrit en 1913 par la compositrice française Mel Bonis : Desdemona, une courte pièce qui n’est pas sans rappeler précisément la fameuse chanson du saule de l’Othello shakespearien et… verdien.

William Shelton – Photo : Liza Miri

Retour à la mélodie avec Camille Saint-Saëns (Si vous n’avez rien à me dire), Lili Boulanger (Nous nous aimerons tant) et Maurice Ravel (Le Paon), ultime mélodie qui nous vaut un contre-ténor déchainé imitant les outrances aussi tapageuses qu’inutiles et pathétiques de l’animal, ici attendant une fiancée… qui ne viendra pas.

Des rappels enthousiastes invitent les deux artistes à revenir par deux fois. Un public littéralement envoûté goutte encore de cette voix au timbre angélique dont la merveilleuse rondeur se déploie sur un ambitus d’une belle ampleur, affrontant sans faillir les vocalises les plus ardues, dominant avec sûreté les dynamiques les plus complexes. Et quel musicien ! Un bonheur de chaque instant qui se prolonge avec Printemps de Benjamin Godard et Mandoline d’Irène Poldowski.

Il est temps de quitter le Capitole, malgré le charme qui nous y retiendrait encore…

Robert Pénavayre

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