Opéra

Mimi, un rôle rêvé pour Anaïs Constans

Second tableau de La Bohème (deuxième distribution) - photo: Mirco Magliocca

L’ultime représentation des présentes reprises de La Bohème de Giacomo Puccini, reprises qui auront accueilli, générales incluses, près de 10000 spectateurs, est l’occasion de découvrir une nouvelle distribution. Elle est incontestablement dominée par la prestation de la soprano Anaïs Constans. Que le rôle soit dramatiquement presque inné pour sa personnalité est une chose. Mais le plus important est certainement le marqueur vocal de ce personnage au stade de la carrière de cette jeune cantatrice de 34 ans à peine.  Que nous révèle aujourd’hui sa Mimi ? Une maturité technique assez bluffante. La voix s’est considérablement arrondie autant dans la projection d’un médium de toute beauté que d’un aigu sans faille, émis avec autant d’assurance dans le forte que lors de demi-teintes et de sons filés à donner le vertige. Le bas du registre est subtilement appuyé et donne ainsi une homogénéité dans la voix qui correspond parfaitement aux exigences du rôle, ampleur du phrasé incluse. Une prise de rôle couronnée d’un triomphe mérité au rideau final.

Anaïs Constans (Mimi) et Azer Zada (Rodolfo) – Photo: Mirco Magliocca

 Le ténor Azer Zada a souvent chanté Rodolfo. Il a inscrit à son répertoire cette année…Radames d’Aïda et il abordera bientôt Manrico du Trovatore !  Aujourd’hui, cette Bohème paraît un brin sous dimensionnée et le trouve mal à l’aise dans le long phrasé puccinien. Ceci étant, Azer Zada fait tout de même valoir le meilleur de son interprétation dans une musicalité portée avant tout par de superbes demi-teintes. Andreea Soare s’empare de Musetta avec une gouaille et une gourmandise qui ravissent le public. Jérôme Boutillier ne fait qu’une bouchée de Marcello grâce à un timbre d’un beau métal, clair certes mais homogène et parfaitement projeté. Guilhem Worms incarne un touchant Coline célébrant avec un profond déchirement ses adieux à la célèbre défroque. Edwin Fardini (Schaunard), déjà présent dans la première distribution, affirme encore une fois une tenue de scène d’une belle élégance ainsi qu’un baryton projeté confortablement sur toute une tessiture ambrée d’harmoniques soyeuses.  Nous retrouvions aussi Matteo Peirone dans le double rôle excellemment interprété de Benoît et Alcindoro.  Le maestro Lorenzo Passerini achève ce soir-là ses débuts sur notre scène. Sa vision très symphonique de la partition, qui n’est pas sans rappeler celle d’un Karajan, ce qui n’est pas forcément une injure, n’occulte en rien d’immenses dynamiques qui, tout en ajoutant bien sûr au drame qui se joue sur scène, permettent aux chanteurs de donner leur meilleur.

Le Chœur et la Maitrise du Capitole, sous la direction de Gabriel Bourgoin, se tirent avec les honneurs d’une œuvre piège par excellence, en particulier le terrifiant second tableau. Mais ce soir-là, une émotion particulière parcourait leurs rangs, car c’était la « dernière » pour six d’entre eux. Six piliers de cette phalange connue pour être l’une des meilleures de France. Il faut les nommer : Isabelle et Jean-Luc Antoine, Alain Chilemme, Didier Pizzolitto, Carlos Rodriguez et Jean-Pierre Lautré. Ils ont tous servi avec un talent et un professionnalisme qu’il convient de saluer l’art lyrique version Capitole de Toulouse, c’est-à-dire au plus haut niveau.  Ils auront connu bien des directeurs mais aussi bien des chefs de chœur. Ils auront interprété plus de trois siècles de musique. Christophe Ghristi et Claire Roserot de Melin se sont avancés sur la scène au rideau final pour leur offrir ces fleurs qui d’habitude reviennent aux divas, honorant ainsi l’apport essentiel de notre phalange chorale dans la réussite des spectacles capitolins. Le public leur a réservé un triomphe !

Ainsi s’achevaient ces reprises de la Bohème, dans un éclair de nostalgie certes, celle du temps qui passe. Mais un éclair seulement car elles nous ont aussi permis d’entendre et de découvrir de magnifiques nouveaux talents. Décidément, l’ADN du Capitole ne changera jamais. Qui pourrait s’en plaindre ?

Robert Pénavayre

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