Opéra

Entrée au répertoire capitolin du Jules César de Georg Friedrich Haendel

Affiche de Jules César au Théâtre du Capitole

 C’est dans le cadre d’une nouvelle production que l’incontestable chef-d’œuvre lyrique du plus britannique des musiciens allemands va faire son entrée au Théâtre du Capitole. En fait une vaste co-production pour laquelle se sont associés l’Opéra national du Capitole, le Théâtre des Champs Elysées, l’Opéra de Leipzig, l’Opéra national de Montpellier et l’Opéra de Rome où elle fut créée en 2022.

Georg Friedrich Haendel (1685-1759) a composé pas moins de 39 opéras. Tous, sauf 3, furent écrits pour Londres. Pour celui qui allait être naturalisé Anglais, et qui repose pour l’éternité à Westminster Abbaye, le genre lyrique est au cœur de son activité créatrice. Il impose à son public d’Outre-manche l’opéra italien que celui-ci ignorait totalement. Ses œuvres appartiennent à la tradition de l’opera seria, avec ses récitatifs, ses arias, ses reprises da capo. Les rôles principaux masculins sont alors le territoire exclusif des castrats. Les livrets mis en musique conjuguent les thèmes classiques, historiques, fantastiques voire merveilleux. Notons que sur la fin de sa carrière, ce compositeur s’est partiellement tourné vers l’oratorio, créant de facto une écriture vocale nouvelle en cela qu’il se libérait de l’aria da capo.

La contralto Rose Naggar-Tremblay (César) – Photo : Rodolphe St-Arneault

Giulio Cesare in Egitto

Ce Jules César en Egypte est créé à Londres le 20 février 1724, il y a donc pile 301 ans avant sa création à l’Opéra national du Capitole !  Le livret de Nicola Francesco Haym relate, à peu de choses près, la visite de Jules César en Egypte en 48 avant J.C. Il mêle les amours de ce dernier et de Cléopâtre, en même temps que la lutte de pouvoir entre celle-ci et son frère Ptolémée. On y croise la sublime figure de Cornélie, la veuve de Pompée, de son fils Sextus, qui ne rêve que de venger son père. C’est le cinquième opéra de ce compositeur, d’alors 39 ans, pour la Royal Academy of Music. Il est de loin le plus fastueux, musicalement parlant. Les airs de Cléopâtre sont devenus, chose rarissime dans ce répertoire, de véritables tubes : « Se pieta », « V’adoro pupille » ou encore « Piangero la sorte mia ». Deux célèbres castrats alto se partageaient à la création les rôles de César (Francesco Bernardi dit le Senesimo) et Ptolémée (Gaetano Berenstadt). C’est un soprano qui interprétait le rôle de Sextus (Margherita Durastanti). Aujourd’hui, il n’est pas rare d’entendre des contre-ténors ou des cantatrices dans les rôles masculins, ainsi que des ténors dans celui de Sextus. En 1956, la Scala de Milan affichait même une basse dans le rôle de César…  Quoi qu’il en soit, cette partition réclame une souplesse d’émission, un contrôle du souffle et une virtuosité, que ce soit dans les vocalises ou les trilles, nécessitant des chanteurs maîtrisant tout cela à la perfection. Et particulièrement endurants car l’ouvrage dure, dans sa forme originale, revue plusieurs fois par Haendel lui-même, près de 4h. A titre d’exemple, le rôle de Cléopâtre ne comprend pas moins de 8 airs ! De nos jours, les reprises de cet ouvrage font l’impasse sur certaines pages de cette partition et leur durée est comprise entre 3h15 et 3h30.

Claudia Pavone (Cleopatra) – Photo : DR

Jules César au Capitole

C’est donc dans une production signée Damiano Michieletto, dont ce sera la première venue au Capitole, que ce Jules César fait son entrée à l’Opéra national du Capitole. La partie musicale en est confiée à Christophe Rousset et ses Talens Lyriques, des spécialistes de ce répertoire.

Sur scène, Christophe Ghristi a puisé, comme à sa bonne habitude, dans la « famille ».  C’est ainsi que nous retrouvons avec mille plaisirs la contralto Rose Naggar-Tremblay (Giulio Cesare), la soprano Claudia Pavone (Cleopatra), les contre –ténors William Shelton (Nireno) et Key’mon Murrah (Sesto), ainsi que la mezzo Irina Sherazadishvili (Cornelia). Nouveaux venus sur notre scène, le baryton barcelonais Joan Martin-Royo (Achilla), le contre-ténor Nils Wanderer (Tolomeo) et, seul Français de l’étape, le même pas trentenaire baryton-basse Adrien Fournaison (Curio).

Voilà de quoi mettre l’eau à la bouche, pour le moins. Non ?

Dans tous les cas, encore un rendez-vous précieux à sanctuariser sur votre emploi du temps, assurément !

Robert Pénavayre

Renseignements et réservations : www.opera.toulouse.fr

Représentations : 21, 25 et 28 février à 19h, 23 février et 2 mars à 15h

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