Festivals

Un énorme pari… réussi !

Oser afficher le chef-d’œuvre lyrique de Claude Debussy sur un lieu de villégiature estivale plus connu pour ses magnifiques plages, Soustons en l’occurrence, est un pari hyper-risqué. Programmer dans les années passées des titres tels que Don Giovanni ou, dernièrement, L’Elixir d’amour peut se comprendre aisément. Mais proposer le texte de Maurice Maeterlinck sur la sublime musique de celui qui signait Claude de France relevait d’une toute autre gageure pour Olivier Tousis, fondateur il y a près d’un quart de siècle de ce festival en terre landaise. Autant le dire tout de suite, le challenge est relevé haut la main. Et de quelle manière !

C’est devant la magnifique façade de la non moins superbe demeure bourgeoise sise dans le Parc de la Pandelle que se déroule l’action. Une action, nous le savons, toute en nuances et centrée au cœur de l’intime. En fait, peu d’action mais des regards échangés, des paroles murmurées parfois, des gestes esquivés plus qu’achevés.

Scène finale – De gauche à droite : Geneviève (Nathalie Espallier),

Golaud (Laurent Alvaro), Arkel (Thomas Dear) et Mélisande (Manon Lamaison)


Photos Kristof T’Siolle –

Olivier Tousis, également metteur en scène de cette production a parfaitement saisi l’ambiance de cet opéra à la limite d’une féerie avec son royaume, son vieux souverain, sa grotte mystérieuse tout comme une certaine fontaine, une couronne perdue, une sombre forêt. Une féérie dramatique aussi…. L’approche scénique est donc plus que délicate, voire en certains lieux impossible à rendre dans toute la complexité du livret. Afin de créer une géométrie spatiale à sa mise en scène, Olivier Tousis a tout simplement flanqué la façade d’échafaudages de chantier. Tenant lieu de praticables, ils vont entourer la scène en même temps qu’enserrer les personnages dans un huis clos totalement angoissant.

Scène de la tour – Mélisande (Manon Lamaison) et Pelléas (Frédéric Cornille)


Photos Kristof T’Siolle –

Seul habitué de cette partition, Laurent Alvaro incarne autant de sa stature que de sa puissante voix de baryton-basse un Golaud torturé par la jalousie. Tous les autres interprètes sont en prise de rôle. Vu la difficulté de l’ouvrage il s’agissait pour eux d’une entreprise lourde de sens et d’engagement autant vocal que scénique.

Saluons donc comme il convient l’émouvante Geneviève de Nathalie Espitallier, l’attachant Yniold de Faustine Egiziano et le noble Arkel de Thomas Dear avant d’en venir aux rôles-titres. Si Mélisande ne soumet pas les gosiers à des exploits belcantistes, il n’en demeure pas moins qu’elle nous permet ici d’apprécier le soprano lumineux et parfaitement conduit de Manon Lamaison, belle interprète qui devra cependant perfectionner une prosodie parfois défaillante. Ce qui n’est pas le cas d’ailleurs, et il faut le souligner, de cette distribution et particulièrement du Pelléas de Frédéric Cornille.

Ce rôle est chanté selon les ambitus de chacun soit par un ténor soit par un baryton lyrique. L’interprète de ce soir appartient à cette dernière tessiture. Le phrasé est ici exemplaire de netteté, on comprend le texte à l’instar d’une lecture, le timbre est clair et lumineux, les accents déchirants de douleur contenue s’appuient sur des graves veloutés et sur une quinte aiguë sans faille aucune, un physique avantageux mettant très en avant la sensibilité du personnage complète le portrait d’un interprète sur lequel il faut d’ores et déjà compter pour cet emploi.

Sous la direction musicale de Philippe Forget, c’est la pianiste Nathalie Dang qui accompagne avec infiniment de délicatesse et de musicalité ce spectacle qui recueille en ce soir d’été un véritable et mérité triomphe.

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