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Un accueil triomphal pour Marc-André Hamelin

Pianiste-compositeur, musicien authentique et original, le Canadien Marc-André Hamelin vient de se produire pour la première fois à Toulouse et en tant qu’invité du Festival Piano aux Jacobins. C’était le 16 septembre dernier dans le fameux cloître. Le grand succès obtenu lors de son récital procède à l’évidence d’une harmonieuse combinaison de sa personnalité artistique entre virtuosité éblouissante et profonde musicalité.
L’obtention en 1985 du premier prix de la Carnegie Hall International Competition for American Music marque le début de la trajectoire professionnelle de Marc-André Hamelin, né en 1961 à Montréal. Comme pianiste soliste, chambriste, soliste avec orchestre, il mène depuis une carrière très active qui l’amène un peu partout au Canada, aux États-Unis, en Europe et au Japon. Mondialement réputé pour son impressionnante technique et la richesse de son immense répertoire, il porte aussi un intérêt particulier aux compositeurs moins connus, largement délaissés et parfois réputés injouables.

Marc-André Hamelin, pour la première fois hôte de Piano aux Jacobins

– Photo Classictoulouse –

Le programme de son récital toulousain témoigne de cette curiosité musicale et de la profondeur de ses multiples talents. L’esprit de finesse, l’intelligence compositionnelle de Joseph Haydn débutent la soirée. Dans cette sonate n° 55 en si bémol majeur, en deux brefs mouvements Allegro et Allegro di molto, Marc-André Hamelin révèle, non seulement l’incroyable imagination du compositeur, mais également la grâce, l’humour léger qui irriguent toute sa musique. Un toucher ferme et contrasté, une vélocité sans ostentation caractérisent cette exécution lumineuse.

Avec l’Andante inédit en mi bémol majeur de l’Irlandais John Field, le pianiste rend un hommage fervent à l’un de ces compositeurs négligés qui méritent de sortir de leur purgatoire. Il faut rappeler que ce prédécesseur de Chopin (il est né à Dublin en 1782 et décédé à Moscou en 1837), semble bien avoir inventé le genre du Nocturne pour piano. La pièce choisie par Marc-André Hamelin, admirablement écrite et interprétée, s’écoute comme une rêverie poétique qui anticipe le piano de Chopin.

Le livre I des Images de Claude Debussy demande, exige même, d’autres approches, aussi bien techniques qu’expressives. Le pianiste se glisse dans cet univers poétique avec une grande finesse, un sens de la couleur, un phrasé visuellement évocateur. Dans Reflets dans l’eau, la fluidité du toucher (évidemment nécessaire ici !), la profondeur de ses sonorités, font merveille. La subtilité des nuances de l’Hommage à Rameau, les vibrations nerveuses de Mouvement trouvent ici un interprète à la fois acéré et plein de douceur. Une grande réussite.

Le contraste n’est pas mince avec la pièce qui suit. Les Variations sur un thème de Paganini, signées de Marc-André Hamelin lui-même, explorent un domaine particulièrement visité. Après Brahms, Liszt et Rachmaninov, le compositeur canadien construit sa partition sur le célèbre 24ème Caprice du diabolique violoniste. Mais ici, l’humour tient lieu d’hommage. Ainsi, le cycle de ces variations, d’abord presque académique, dérive peu à peu, dérape même sur de péremptoires dissonances. Comme un perroquet sortant de sa boîte, le fameux « Pom-pom-pom-pom » de la Cinquième Symphonie de Beethoven fait une irruption inattendue. Le comique en musique n’est pas chose facile. Il est ici irrésistible !

La deuxième partie de la soirée est consacrée à Franz Liszt. La plus extrême virtuosité y côtoie la profondeur de l’expression. L’interprète excelle dans les deux aspects de cette belle et emblématique littérature. Extraite des Harmonies poétiques et religieuses, la pièce intitulée Bénédiction de Dieu dans la solitude se veut illustration du poème éponyme de Lamartine, dont les deux premiers vers ne pouvaient qu’inspirer l’abbé Liszt : « D’où me vient, ô mon Dieu ! cette paix qui m’inonde ?/D’où me vient cette foi dont mon cœur surabonde ? » Marc-André Hamelin construit cette vaste pièce dans sa trajectoire ascendante, comme une progression de la méditation vers l’extase religieuse. L’impeccable technique pianistique n’est jamais ici une fin en soi, mais plutôt un moyen, un fructueux outil expressif.

Les trois partitions qui composent Venezia e Napoli, dans la Deuxième année de Pèlerinage s’enchaînent ensuite dans une liberté de jeu qui n’exclut jamais la rigueur. Même si son toucher éblouit par sa précision, Marc-André Hamelin ne cherche pas à briller par sa technique. La ferveur visionnaire de Franz Liszt reste ici l’essentiel. Après la poésie évocatrice de Gondoliera et Canzone, la folie chorégraphique de Tarantella, avec son délire digital, envahit tout l’espace sonore.

Une ovation debout accueille ce récital. Elle obtient de l’interprète un trio de bis aussi inattendus que réjouissants. L’Etude op. 1 n° 2 d’un certain Paul de Schlözer, compositeur polonais (ou peut-être russe ?) du XIXème siècle et auteur de seulement deux œuvres (!) ouvre le ban. Cette belle démonstration pianistique est suivie du premier mouvement de la célébrissime Sonate n° 16 dite « Facile » de Mozart, jouée avec sérieux et de multiples nuances. Enfin c’est le retour du délire des doigts dans la tout aussi fameuse Valse « minute » op. 64 n° 1 parfois appelée « Valse du petit chien », de Chopin. Mais ici, la partition est carrément détournée et s’achève sur une série de clusters dissonants, comme un grand éclat de rire.

Décidemment, la 35ème édition de Piano aux Jacobins tutoie les sommets.

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