Festivals

Sous le signe de Liszt

La célébration du bicentenaire de la naissance de Franz Liszt constitue l’épine dorsale du festival Toulouse d’Eté 2011. Le récital d’ouverture du 19 juillet était confié par Alain Lacroix au très talentueux pianiste toulousain Dominique Plancade. Une véritable performance, brillamment accomplie, attendait cet ancien élève des Conservatoires de Toulouse et de Paris, disciple de Thérèse Dussaut et Alain Planès notamment. Alain Lacroix réussit à convaincre Dominique Plancade de présenter aux Toulousains le programme fou joué en 1844 par Liszt lui-même au cours de l’une de ses visites à la ville rose.
Alors qu’il parcourt le monde, d’estrade en estrade, pour tenter d’oublier sa rupture avec Marie d’Agoult, Franz Liszt fait escale à deux reprises à Toulouse, en 1826 et en 1844 pour plusieurs concerts. Suscitant sur son passage l’admiration et l’émerveillement des mélomanes par son déploiement inouï de virtuosité pianistique, il attire également l’intérêt des femmes ainsi qu’en témoignent quelques articles de presse, notamment dans le fameux Journal politique et littéraire de Toulouse et de la Haute-Garonne qui rapporte : « Sa physionomie belle et étrange, sa chevelure blonde, ses yeux limpides, je ne sais quoi de frêle et de maladif dans son excessive vivacité, intéressait les femmes, dont il était à la fois le jouet et l’idole ; on citait à l’envi ses bons mots, ses saillies, presque toujours mêlées d’un grain d’impertinence… »

Le pianiste toulousain Dominique Plancade à l’issue de son récital Liszt

– Photo Classictoulouse –

Le concert du 27 août 1844, dans la salle du Conservatoire Philharmonique, déchaîne les passions et les enthousiasmes. Le programme imaginé par Liszt lui attire un tel succès que les « classes laborieuses » de la ville s’en émeuvent et vont offrir une aubade au pianiste sous les fenêtres de son hôtel, regrettant de ne pouvoir se payer le plaisir de l’entendre. Emu, Liszt décide d’offrir un nouveau concert, gratuit celui-là, à tous les « ouvriers et pauvres » de la ville. Nouveau triomphe, le 31 août suivant, à l’issue d’une exécution qui mêle aux Mélodies hongroises le thème local entonné par les ouvriers lors de leur aubade.

Le programme, repris avec panache par Dominique Plancade, réunit quelques unes des plus brillantes partitions du compositeur-virtuose dont la majorité relève de la transcription d’opéras célèbres.

L’ouverture du dernier ouvrage de Rossini « Guillaume Tell », qui reste un morceau de bravoure orchestral, a subi toutes les adaptations possibles imaginables. C’est par la version réalisée par Liszt en 1838 que s’ouvre le récital. Dominique Plancade en domine aisément les embûches. Du déchaînement orageux à la chevauchée haletante, toutes les couleurs du romantisme sont présentes.

Avec les Réminiscences qui suivent, Liszt ne cherche pas à respecter scrupuleusement l’original. Il se sert des thèmes de l’ouvrage qui l’inspirent pour en tisser une évocation rêvée ou idéalisée. Parmi les trois partitions qu’avait choisies Liszt, l’Andante de Lucia de Lammermoor fait son miel de l’habileté mélodique de Donizetti. Après la grande fantaisie sur l’ouvrage célèbre en son temps de Meyerbeer, Robert le Diable, l’impressionnante Réminiscence de Norma, d’après Bellini, constitue la plus développée, la plus élaborée de ces pièces. Même si elle élude la fameux « Casta diva… », cette partition évoque l’ouvrage original de la plus saisissante façon. Dominique Plancade en réalise une admirable présentation, sans exagérer la folie virtuose qu’il assume crânement néanmoins, mais tout en soulignant la richesse purement musicale de ces pièces.

Avec Mélodies hongroises, le propos est tout autre. Il s’agit pour Liszt de rendre hommage à la très belle et très riche musique à quatre mains de Schubert, dont le beau Divertissement à la hongroise en sol mineur D. 818 qu’il a transcrit pour deux mains. Même s’il ajoute une ornementation virtuose à l’original, son respect pour Schubert fait de cette œuvre un témoignage musical avant tout que l’interprète enrichit de son grand talent.

C’est avec le Grand Galop chromatique, devenu l’une des pièces favorites des virtuoses du clavier que s’achève cette première soirée Liszt. Trilles, croisement de mains, sauts d’octaves nourrissent cette partition pleine de joie de vivre, de contrastes, de fantaisie. Dominique Plancade se rit de toutes ces difficultés pour en exalter les ébouriffantes humeurs.

Un grand bravo !

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