Festivals

Organum, l’austère grandeur

Le festival Toulouse d’Eté ménage les plus incroyables contrastes ! Le 17 juillet, au lendemain du concert effervescent donné par l’Orchestre du Capitole sous la direction électrique de Maxime Pascal, l’ensemble Organum célébrait dans le plus extrême recueillement le 800ème anniversaire de la fondation à Toulouse de l’ordre des Dominicains. A cette occasion, les six chanteurs de cet ensemble prestigieux, dirigé par Marcel Pérès, ranimaient le chant dominicain sous la double voûte chargée d’histoire de l’église des Jacobins.
Un peu d’Histoire ! En 1215, celui qui deviendra Saint Dominique installe à Toulouse une petite communauté qui s’est formée autour de lui pour prêcher face aux cathares et ramener à la foi catholique, avec les conséquences tragiques que l’on sait, ceux qui s’en sont éloignés. C’est le début de l’histoire mouvementée d’un ordre international fort aujourd’hui de plus de dix mille membres.

Toulouse est le berceau de cette histoire. La présence de l’ensemble conventuel des Jacobins et la tombe de Saint Thomas d’Aquin au cœur de la ville témoignent de l’importance du patrimoine dominicain à Toulouse.

L’année 2015 marquera partout dans le monde le début du huitième centenaire de l’Ordre, inscrit aux célébrations nationales. Ce jubilé se poursuivra jusqu’au 21 janvier 2017.

Marcel Pérès et ses chanteurs, actuellement en résidence à l’abbaye de Moissac, célèbrent cet anniversaire en explorant la réforme du chant liturgique initiée par l’ordre dominicain. Cette entreprise musicale et sociologique prolonge les actions menées depuis la fondation, en 1982, de cet ensemble vocal pionnier dans l’ouverture de nouveaux horizons sonores sur les musiques du passé lointain.

Les chanteurs de l’ensemble Organum dans la pénombre de l’église des Jacobins

– Photo Classictoulouse –

Le début du XIIIème siècle coïncide avec, d’une part, la fondation de l’université, d’autre part, celle de deux ordres religieux importants, les Franciscains et les Dominicains. Les chanteurs d’Organum, vêtus de la traditionnelle bure blanche, présentent donc leur programme dans ce lieu magique et hautement légitime. L’église des Jacobins, si propice à la méditation, est plongée dans une pénombre impressionnante, à peine éclairée par quelques cierges économes de lumière. Une succession de chants austères, prolongeant les préceptes supposés du Pape Grégoire, introduisent cette étrange atmosphère hypnotique, fascinante, comme hors du temps. A trois reprises, les chanteurs déambulent d’un bout à l’autre de la double nef, occupant tout l’espace de ce somptueux vaisseau dont la ligne de colonnes centrales joliment éclairée semble ponctuer le chant.

L’essentiel du programme illustre la théorie grégorienne de ce chant homophone, plus précisément monodique, qui n’accepte aucune adjonction de sons étrangers à sa ligne mélodique. Les voix qui l’exécutent chantent donc « à l’unisson », évidemment a cappella, dans une écriture modale et diatonique. Le chromatisme, considéré alors comme porteur d’une sensualité prohibée, ainsi que les modulations osées, sont exclus. Cette musique essentiellement récitative, puise sa substance dans le texte sacré, et favorise ainsi l’intériorisation des paroles chantées.

Mais peu à peu au cours du concert, les prémices de la polyphonie se font jour : tout d’abord sous la forme d’un simple bourdon superposé à la mélodie, puis grâce à l’émergence, encore timide certes, du chant à plusieurs voix qui s’épanouira à la Renaissance.

Symboliquement peut-être, la déambulation finale des chanteurs s’achève au pied du fameux palmier de l’église des Jacobins, cette colonne aux multiples arceaux, image d’une plénitude efflorescente. Il faut ensuite redescendre vers les contingences quotidiennes…

Le festival se poursuit donc dans une diversité sans frontières.

Partager

La Maîtrise de Toulouse célèbre les 20 ans de sa fondation
Le 17 octobre prochain, à 14 h et à 16 h, dans le cadre du festival international Toulouse les Orgues, la Maîtrise de Toulouse donne un double concert en l’Eglise Notre-Dame du Taur.
L’exotisme musical en apothéose
Le 8 octobre dernier, l’Orchestre national du Capitole retrouvait à sa tête le chef invité Lio Kuokman qui accompagnait le grand pianiste argentin Nelson Goerner.
Naissance d’un écrivain
Dialoguant entre intime et universel, cette confession d’un enfant de la génération X ne peut que nous interpeller.
Palais royal – Musée du Louvre, le concert des Clefs de Saint-Pierre
L’auditorium Saint-Pierre des Cuisines reçoit, le 12 octobre prochain, le premier des cinq concerts de la série des Clefs de Saint-Pierre.
La Rusalka du Capitole au CGR Blagnac le 11 octobre 2026
Cette projection est donc une occasion en or de voir, ou de revoir, cette magnifique représentation.
Le Requiem de Verdi ouvre la belle saison des Grands Interprètes
Le 12 octobre prochain, la somptueuse Messe de Requiem de Giuseppe Verdi est inscrite au programme du grand concert d’ouverture de la 41ème saison des Grands Interprètes.