Festivals

Musique baroque en liberté

Le violoniste Théotime Langlois de Swarte et le claveciniste Justin Taylor - Photo Classictoulouse -

Dans le cadre du Festival de Toulouse, le jardin Raymond VI accueillait ce 21 juillet dernier un duo de musiciens hors norme. Le violoniste Théotime Langlois de Swarte et le claveciniste Justin Taylor excellent dans la présentation aussi rigoureuse qu’originale et imaginative d’un répertoire de musique baroque décomplexé. Ce soir-là, au couchant, les deux musiciens proposaient un voyage musical au sein des grandes écoles baroques du XVIIIème siècle.

Théotime Langlois de Swarte, qui a poursuivi ses études au sein du Conservatoire de Toulouse, est le premier violoniste baroque à être nommé aux Victoires de la Musique Classique 2020 dans la catégorie « Révélation soliste instrumental », une reconnaissance pour son travail au sein de multiples ensembles baroques, particulièrement en France : Ensemble Jupiter, Les Ombres , Pulcinella, Marguerite Louise et en particulier Les Arts Florissants, avec William Christie qui l’invite régulièrement à jouer avec lui en récital violon et clavecin et en soliste avec l’ensemble.

Le claveciniste français d’origine américaine Justin Taylor a lui aussi obtenu des récompenses internationales prestigieuses. Le Premier Prix au Concours de clavecin de Bruges en 2015, assorti des Prix du Public, Prix Alpha Classics, marque le début d’une carrière fulgurante au concert et au disque. En 2017, il est nommé aux Victoires de la musique classique dans la catégorie « Révélation Soliste Instrumental » et remporte la même année le Prix de la Révélation Musicale décerné par l’Association Professionnelle de la Critique.

Ces deux complices, animés d’une seine vitalité, présentent donc ce soir-là un programme riche et original des principales écoles de musique du XVIIIème siècle. A commencer par l’école française qu’ils illustrent autour de l’œuvre des frères Francoeur, François et Louis, issus de cette formation mythique de l’époque, Les Vingt-Quatre Violons du Roi. Dès la première intervention des deux musiciens, on admire la profonde complicité qui caractérise leur jeu commun, jusque dans la pratique des ornementations, aussi imaginatives qu’élégantes.

Si le violon de Théotime Langlois de Swarte chante comme une voix humaine, le clavecin de Justin Taylor fait jeu égal avec son compagnon dans l’évocation fréquente de la danse. A cet égard, il faut saluer le beau travail de sonorisation de ce concert (indispensable du fait du plein air) qui n’est pourtant pas épargné par les bruits ambiants. L’équilibre entre les deux instruments s’avère parfaitement réalisé, rendant ainsi justice au profond accord musical des interprètes.

Le claveciniste Justin Taylor – Photo Classictoulouse –

Tout au long de cette évocation les deux compères jouent les pièces de divers compositeurs en proposant quelques suites opératiques qui intègrent des partitions de différents auteurs qui illustrent bien l’éloquence à la française. Ainsi Justin Taylor offre-t-il une belle exécution de cette célèbre pièce pour clavecin de François Couperin, Les Barricades mystérieuses. De son côté Théotime Langlois de Swarte s’empare avec panache d’une véritable tempête virtuose signée d’un certain Pancrace Royer (1703-1755), dont le nom mérite de figurer près de celui des frères Francoeur.

Le volet suivant, présenté avec humour par les musiciens, se consacre au baroque anglais. Si l’on découvre la nom encore peu diffusé d’Henry Eccles (1670-1742), on retrouve avec plaisir la production d’un autre Henry, très célèbre celui-là, Henry Purcell, auteur prolifiques d’œuvres vocales. Le violon de Théotime Langlois de Swarte se glisse avec art et « chante » admirablement la fameuse pièce Music for a while, sorte de signature du compositeur.

Un troisième volet concerne évidemment l’Italie qui ne peut être absente de ce beau panorama de musique baroque. On y découvre un arrangement original du concerto pour hautbois d’Alessandro Marcello composé en 1708 et transcrit par Jean-Sébastien Bach pour clavecin. Le voyage s’achève sur un feu d’artifice. Le violoniste s’éclate véritablement dans la fameux thème de La Folia, illustré ici par le grand violoniste de la fin du XVIIème siècle, Arcangelo Corelli. La danse à son paroxysme !

Acclamés comme il se doit, les deux musiciens offrent trois bis dont la pièce mythique extraite de l’opéra Les Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau, Les Sauvages. Retour vers la France…

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