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L’ouragan Berezovski

Bâti comme un colosse, capable des plus extrêmes nuances sur un clavier, le pianiste moscovite Boris Berezovski investissait de son impressionnante silhouette le cloître des Jacobins. La soirée du 23 septembre était ainsi consacrée à un florilège de ces musiques russes dans lesquelles il semble puiser son énergie.

Boris Berezovski, artiste athlète

du piano

Il débute son récital avec huit de ces étranges « Contes de fées » signés de Nikolaï Medtner, le pianiste-compositeur presque contemporain de Rachmaninov, dont la production virtuose ne mérite pas le purgatoire dans lequel elle subsiste. Ouvrant le cycle sur un ouragan sonore, le pianiste passe avec aisance des déchaînements extrêmes aux battements d’aile d’une libellule.

Rachmaninov, avec ses 8 préludes des opus 23 et 32 bénéficie d’un toucher aux infinies nuances. S’il sait montrer ses muscles lorsque l’écriture le demande, Boris Berezovski ne sombre jamais dans la lourdeur. La fluidité du jeu reste la règle. Et aussi le sens de la couleur.

Dans la transcription pour piano, signée Tchernov, de la fameuse et fantastique pièce orchestrale « Une nuit sur le mont Chauve » de Moussorgski, l’interprète semble atteindre les limites de la dynamique pianistique et celles du « jouable ». Au bal diabolique des sorcières succède cette transfiguration finale, comme écrite sur la brise légère.

Enfin, c’est avec les légendaires « Tableaux d’une exposition » que Boris Berezovski déploie ses plus éblouissantes qualités. Les images naissent spontanément de ces évocations contrastées, couronnées par cette gigantesque « Porte de Kiev », combinaison symphonique prémonitoire (Ravel saura en faire son miel) de rythmes et de couleurs que le pianiste combine avec ce mélange de spontanéité et de rigueur qui font les grandes interprétations.

Chopin (deux valses et une mazurka), joué en bis, ne calme qu’à regret l’enthousiasme du public.

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