Festivals

Le voyage intérieur

Le programme d’un concert révèle toujours quelque chose de l’artiste qui le conçoit. Le 23 septembre dernier, David Fray consacrait l’intégralité de son récital de Piano aux Jacobins à Franz Schubert. Etant donné le caractère secret, souvent nostalgique, tragique parfois, de l’œuvre pour piano du compositeur viennois, le jeune pianiste tarbais pourrait bien dévoiler ainsi une face cachée de son tempérament. Son élégante silhouette d’adolescent beau gosse héberge en fait un musicien particulièrement habité.

Le pianiste tarbais David Fray (Photo Paolo Roversi – Virgin Classics)

Après avoir abordé Bach et Boulez en écho, et avant de se plonger dans l’œuvre de Mozart, David Fray vient effectivement de consacrer un album CD aux Impromptus et aux Moments musicaux de Schubert. Au disque comme au récital le pianiste conçoit ces pièces méditatives et tendres comme autant de confidences secrètes. Un retour sur soi, une introspection, un dialogue intime et intense. Il ose ainsi la lenteur, tout au moins les tempi les plus retenus qui soient, les nuances les plus profondes (ses pianissimi font frémir). Il n’enrobe rien, met à nu les blessures lorsqu’elles se cachent sous la légèreté, dit la souffrance, appuie où ça fait mal.

Tendrement introduits par le fameux Allegretto en ut mineur et le Klavierstück D. 946 enchaînés, les Six Moments musicaux D. 780 occupent l’essentiel de la première partie. Le poids des silences que l’interprète intègre subtilement au discours impose à l’auditeur de retenir sa respiration. La rêverie n’écarte jamais l’angoisse. Le troisième de ces Moments suspend un instant la tension douloureuse, alors que le cinquième déchaîne une révolte vite réprimée.

L’émotion à fleur de note imprègne toute la sublime Sonate « Fantaisie » en sol majeur D. 894 qui occupe la seconde partie de la soirée. L’une des partitions pour piano les plus poignantes jamais écrites trace un chemin implacable, comme un équivalent instrumental du tragique « Voyage d’hiver » dans lequel la voix explicite les plaintes du piano. David Fray s’implique profondément dans ce discours, fouillant la partition jusqu’aux plus profondes évocations poétiques.

Le succès que cette vision très personnelle recueille auprès du public impose au pianiste de prolonger la soirée de quatre bis. Deux extraits de la Partita n° 6 et un choral de Bach sont suivis de la première pièce des « Scènes d’enfants » de Schumann. Un très net changement d’atmosphère après la saga Schubert.

Partager

Machiavel féminin 
Laissez-vous emporter par ce suspense bourré de rebondissements aussi diaboliques que vertigineux.
Chopin et l’Espagne, le flamboyant dialogue
Le 8 septembre dernier s’ouvrait le 47ème festival Piano aux Jacobins.
Montserrat Caballé et Rudolf Noureev : l’ADN du Festival Peralada
À quelque 260 km de Toulouse, au cœur de l’Empordá catalan, Peralada abrite depuis 40 ans l’un des plus prestigieux festivals européens.
L’ouverture « hors les murs » de la saison des Clefs de Saint-Pierre
Le lundi 21 septembre 2026 à 19h30, la Chapelle des Carmélites reçoit le premier concert « hors abonnement » des Clefs de Saint-Pierre.
Pianomuses 2026 : les suites de la 2ème Saison de « Pianos historiques à Toulouse »
7 Concerts à la Chapelle des Carmélites de juin à octobre 2026 autour d’un piano Streicher 1860.
Les actualités de Toulouse les Orgues 2026
Pour satisfaire un maximum de mélomanes, la direction du festival a décidé de doubler trois de ses concerts. Deux horaires de concert sont proposés le même jour.