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Le défi musical de Yefim Bronfman

Yefim Bronfman débutait, le 11 septembre dernier, la semaine pianistique toulousaine. Ce grand artiste, trop rare en France, réunit des qualités qui font de chacun de ses récitals un événement fort.

Il proposait au public, immédiatement conquis, un programme d’une ouverture et d’une intensité de tout premier plan dans lequel s’épanouissent une rare cohérence artistique, un sens étonnant de la concentration et de l’essentiel.

Pour débuter son récital, Yefim Bronfman choisit l’une des sonates les moins jouées de Beethoven, la n°13.

Le grand pianiste américain, natif d’Ouzbékistan, Yefim Bronfman

Exacte contemporaine de la fameuse « Clair de Lune », elle est, comme elle, sous-titrée « Quasi una Fantasia » (presque une fantaisie). Après une entrée sur du velours, comme un doute qui s’insinue, l’interprète délivre une exécution d’une impressionnante richesse de timbres et de rythmes. Alternant les atmosphères, il sait comme personne mettre en relief l’accord, la note, le trait qui importe.

Le torrent déferle ensuite dans le lit de la vaste Fantaisie en ut majeur op. 17, de Robert Schumann. Une véritable saga pianistique qui oppose les moments d’extrême exaltation et ces épisodes de poésie intime pendant lesquels le temps semble suspendu. Sous les doigts de Yefim Bronfman, tendresse et passions s’affrontent intensément jusqu’à ce que tout s’achève comme à regret.

La seconde partie de concert ressemble à un défi technique et musical. Les difficultés les plus inouïes hérissent aussi bien le « Gaspard de la Nuit » de Ravel, que la Fantaisie orientale « Islamey », de Balakirev.

Dès le mouvement initial « Ondine », du chef d’œuvre de Ravel, affleure le jeu fluide et vivant de l’interprète. Le crescendo irrésistible de ce mouvement initial conduit à l’hypnotique « Gibet », tout imprégné d’une émouvante poésie morbide. Un fulgurant « Scarbo », à la fois éblouissant et démoniaque conclut la pièce.

Le délire digital d’Islamey révèle, certes, un pianiste capable de toutes les performances techniques, mais avant tout un artiste véritable et profond.

Quatre bis, de Scarlatti à Chopin en passant par Schumann démontrent une fois de plus la richesse du répertoire de Yefim Bronfman.

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