L’événement de la semaine de ce festival d’Edimbourg fut sans conteste possible la prestation éblouissante du « Simón Bolívar Youth Orchestra of Venezuela » (SBYOV en abrégé), cet orchestre des jeunes du Vénézuela qui défraie la chronique. Cette phalange unique au monde réunit des enfants et des jeunes gens, de 12 à 26 ans, issus de tous les milieux sociaux et de toutes les régions du pays. Des jeunes dont la musique représente le levier unique d’épanouissement personnel et social. Cette phalange constitue en fait le « navire amiral » de toute une flotte de petits orchestres répartis dans toutes les écoles du pays et qui réunissent quelques 250 000 membres ! C’est dire l’enthousiasme de ces musiciens et leur engagement musical absolu.

Le Simon Bolivar Youth Orchestra of Venezuela sous la direction de Gustavo Dudamel (Photo: Nohely Oliveros)

Le chef actuel de cet orchestre, Gustavo Dudamel, est lui aussi un musicien exceptionnel. Violoniste à l’origine, il a étudié la direction d’orchestre avec le fondateur de ce généreux programme, José Luis Jiménez. Alors qu’il n’a aujourd’hui que 26 ans, il dirige le SBYOV depuis 9 ans. Faites le compte ! Tel un lutin facétieux à la chevelure magnifiquement ébouriffée, il dynamise ses musiciens, leur communiquant son énergie inépuisable. Chef démonstratif au bon sens du terme, comme pouvait l’être un Leonard Bernstein, il vibre avec la musique, obtenant de chacun tout simplement le maximum.

Ce sont probablement plus de 150 visages de tous types ethniques, attentifs et sérieux qui scrutent chaque geste de leur directeur et donne le meilleur d’eux-mêmes. Et quel meilleur ! Le programme opposait la sévère 10ème symphonie de Chostakovitch à une série de pièces sud-américaines précédées des Danses Symphoniques du « West Side Story » de Bernstein.

Dès les premières mesures de cette sombre et désespérée 10ème symphonie de Chostakovitch, l’auditeur est impressionné par la précision impeccable de l’exécution et la densité sonore qui émane de tous les pupitres, avec une incroyable intensité des cordes, tendues à se rompre. Ebouriffant Allegro, dont la dynamique coupe le souffle. Les oppositions de dynamique atteignent les limites audibles. Gustavo Dudamel déchaîne là des cataclysmes, des ouragans auxquels il est difficile de résister. Au point que le public salue d’une ovation debout cette première œuvre au programme.

Dans les danses de « West Side Story » la latinité se déchaîne. Elle se prolonge dans toute la suite. « Huapango », danse mexicaine de José Pablo Moncayo, « Danzón n° 2 » d’Arturo Marquez, tous deux mexicains, et la suite de « Estancia », du compositeur argentin Alberto Ginastera, exaltent cette chaleur latino-américaine que les interprètes n’ont eu aucun mal à assimiler. C’est alors à une véritable fête qu’assistent, médusés, les spectateurs enthousiastes.

Les musiciens se lèvent, se mettent à danser, échangent leurs instruments qu’ils lèvent bien haut au-dessus de leur tête, s’embrassent. Ils finissent par remplacer leurs uniformes noirs et classiques par de rutilants blousons aux couleurs éclatantes du drapeau vénézuélien.

La fête ne s’achève qu’à regret pour tous les protagonistes, musiciens comme spectateurs. Voici un concert que personne n’est prêt d’oublier.

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