La saison de l’Orchestre National du Capitole s’achevait le 28 juillet dernier au cours du festival Toulouse d’Eté. Sous la direction du chef espagnol invité Jaime Martin, la phalange toulousaine se produisait pour la dernière fois en présence de son régisseur Claude Jacquemin. La Halle aux Grains recevait à cette occasion un large public extrêmement divers, bien différent des « habitués » des concerts classiques. Le but d’une telle manifestation estivale, amener à la musique dite classique de nouveaux spectateurs intimidés parfois par la cérémonie du concert, était donc atteint.
Né à Santander, Jaime Martin a d’abord exercé ses talents comme flûtiste solo. Depuis quelques années, il dirige avec l’enthousiasme qui le caractérise de nombreuses formations orchestrales en Europe. Il sera de nouveau l’invité de l’Orchestre du Capitole au cours de la prochaine saison de concerts.

De gauche à droite, saluant à l’issue du double concerto de Strauss : le clarinettiste

David Minetti, le chef d’orchestre Jaime Martin et la bassoniste Estelle Richard

– Photo Classictoulouse –

La salve d’applaudissements que reçoit chaque mouvement de la 3ème symphonie « Héroïque » de Beethoven témoigne de la présence de ce nouveau public, impressionné et enthousiaste, au sein duquel quelques jeunes enfants observent, sagement ou surpris, le déroulement de la soirée. Tonique et effervescente, avec quelques développements brouillons, l’exécution de cette partition révolutionnaire met une fois de plus en valeur les couleurs et la virtuosité des musiciens toulousains. La Marche funèbre en constitue le sommet expressif, poignant et révélateur.

Auparavant, l’ouverture de l’opéra de Mozart « La Clemenza di Tito », qui débute la soirée, témoigne d’une énergie et d’une vivacité parfaitement justifiées par une écriture contrastée et vigoureuse. L’heureuse surprise provient de ce Double concerto pour clarinette et basson, avec orchestre à cordes et harpe, du vieux Richard Strauss de quatre-vingt trois ans. Bien éloignée de la nostalgie des Quatre derniers Lieder contemporains, cette partition fourmille d’idées, d’esprit, de finesse et d’humour. Débutant par une calme séquence de musique de chambre qui n’est pas sans évoquer l’ouverture de son dernier opéra, Capriccio, l’œuvre est composée sur un argument de conte pour enfants. Il y est question d’un ours grommelant (le basson) qui effraie une princesse futée (la clarinette). Deux musiciens de l’Orchestre du Capitole en sont les solistes. Paradoxalement ce soir-là, l’ours est incarné par la jeune et très talentueuse bassoniste de l’orchestre, Estelle Richard, alors que l’excellent clarinettiste solo David Minetti joue la princesse ! Il s’agit bien d’un jeu qui oppose, mêle, associe les sonorités complémentaires des deux instruments solistes, considérés comme de véritables personnages de comédie. Comment ne pas évoquer ici les pétillants marivaudages de Zerbinette et Arlequin dans le prologue de l’opéra Ariane à Naxos du même Strauss ?

Debout, de gauche à droite : Jaime Martin, Claude Jacquemin,

François Laurent

– Photo Classictoulouse –

Les deux solistes, acclamés par le public, proposent un bis rare et bienvenu l’Allegro de la sonate pour clarinette et basson du jeune Francis Poulenc, un babillage plein de vie et d’esprit.

A l’issue du programme, Jaime Martin, aidé pour la « version française » par le flûtiste François Laurent, rend hommage à la chaleureuse personnalité de Claude Jacquemin qui termine sa belle carrière, débutée en 1987, de régisseur auprès de l’orchestre. Par leurs applaudissements nourris, tous les musiciens de l’orchestre le remercient pour l’efficacité et la bienveillance de son action. Toujours dirigés par Jaime Martin, ils lui offrent une touchante exécution d’un extrait du ballet Rosamunde de Schubert. Le témoignage ému d’une profonde affection.

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