Festivals

Double anniversaire pour claviers et archets

La 23ème édition du festival Toulouse les Orgues réserve souvent de bien belles surprises. Le concert de midi (en fait 12 h 30) du 12 octobre dernier réunissait dans l’église du Gesu deux artistes-complices bien connus et aimés du monde de la musique ancienne… et pas seulement. L’organiste (et pas seulement…) Michel Bouvard et le violoncelliste (et pas seulement…) Christophe Coin possèdent en commun le même mois de naissance : janvier 1958. Cet anniversaire commun, les deux jeunes sexagénaires ont décidé de le célébrer avec les Toulousains.
Quoi de mieux que de fêter l’événement dans le cadre du festival Toulouse les Orgues ? Le lieu choisi, l’église du Gesu, s’avère parfait pour cette rencontre entre deux musiciens qui pratiquent plusieurs instruments en alternance. Christophe Coin est certes l’excellent violoncelliste que l’on sait. Il s’exprime aussi bien sur un violoncelle baroque que sur un violoncelle moderne avec pique. Mais il excelle également à la viole de gambe, en l’occurrence la viole à sept cordes. Michel Bouvard, quant à lui, maîtrise parfaitement tous les types d’orgues dont il est devenu l’un des experts internationaux. Ce 12 octobre, il démontre avec panache que le clavecin et même le piano ne lui sont en rien étrangers.

Michel Bouvard, clavecin, Christophe Coin, violoncelle
– Photo Classictoulouse –

Cette belle intervention musicale, baptisée « Jour de fête » (allusion au film jubilatoire de Jacques Tati ?) amène les deux musiciens à investir alternativement le chœur, la tribune et la chapelle de droite de l’église du Gesu. Jonglant avec les instruments, ils offrent un programme d’une incroyable diversité, du baroque François Couperin au « moderne » Gabriel Pierné (mort en 1937). La rupture, dès le début du concert, d’une des cordes de la viole de gambe, n’aura finalement d’autre incidence que d’entraîner l’inversion de deux pièces afin de permettre le remplacement de la corde sans interrompre les enchaînements musicaux.

La Sonate pour violoncelle et basse continue, en l’occurrence ici le clavecin, de Giuseppe Jacchini (ca. 1676-1727), donne la mesure de la belle entente entre un clavier étincelant et un violoncelle qui chante. De la même époque la pièce pour viole seule « La Girouette » d’Antoine Forqueray 1672-1745) donne à Christophe Coin l’occasion de déclamer avec subtilité le langage raffiné du compositeur du Grand Siècle. C’est au tour de l’orgue, le splendide « petit » Cavaillé-Coll du Gesu, de prendre la parole. Dans une succession de pièces courtes de François Couperin (1668-1733), Michel Bouvard confère au compositeur de la fameuse « Messe des Couvents » l’élégance, la richesse de timbres somptueux dont cet instrument est capable. Christophe Coin vient se joindre momentanément à l’orgue, comme pour apporter une touche de vocalité.

Christophe Coin, violoncelle, Michel Bouvard, piano – Photo Classictoulouse –

Le reste du programme change d’époque et de style. Après un Prélude de Gabriel Pierné, trois mélodies d’Alexandre Pierre François Boëly (1785-1858) associent l’orgue au violoncelle. Ce même duo se poursuit avec l’Elégie de Joseph Rheinberger (1839-1901) et la Consolation du rare Carl August Fischer (1828-1892). La pièce majeure pour orgue seul n’est autre que la Pastorale, de César Franck (1822-1890), porte-drapeau de l’orgue symphonique. L’interprète alterne sérénité et agitation avec grandeur et poésie.

Le Preludium pour violoncelle seul du méconnu Bernhard Romberg (1767-1841), joué au début du concert en lieu et place de la pièce pour viole de Forqueray, complète un panorama musical qui s’achève sur l’Aria de Max Reger (1873-1916) qui associe le violoncelle et le piano Pleyel, instrument à pédalier qui réside en permanence dans cette église et dont le timbre particulier se marie parfaitement à l’instrument à cordes. Les deux complices, copieusement applaudis par une assistance bien fournie, décident de conclure avec une autre célèbre Elégie, celle de Gabriel Fauré, qui reste attachée à un souvenir d’enfance de Michel Bouvard. Poésie et générosité se retrouvent dans cette œuvre devenue emblématique que les deux musiciens parent de tous les atours.

Il reste deux jours seulement pour assister aux dernières manifestations de ce 23ème festival.

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