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David Fray, de Mozart à Schubert

Le récital donné, le 18 septembre dernier, par David Fray, dans le cloître des Jacobins, a révélé les aspects rarement visités de deux des compositeurs pourtant les plus souvent abordés du répertoire. La face sombre de Mozart et Schubert était ainsi au programme de cet impressionnant concert salué par les ovations d’un public conquis.
Rappelons que David Fray, né à Tarbes en 1981, occupe une place importante dans le panorama de la dynamique génération des jeunes pianistes français. Ses nombreuses récompenses en attestent. Nommé en 2004 « Jeune soliste de l’année » par la Commission des Radios Publiques Francophones, lauréat « Déclic » de l’Association Française d’Action Artistique et « Révélation classique de l’année » par l’ADAMI (Administration des Droits des Artistes et Musiciens Interprètes), il s’est forgé une personnalité musicale forte et spécifique. Son allure de jeune premier, son élégance ne masquent en rien la profondeur de son approche de la musique dans laquelle il s’implique totalement.

Souvent invité à se produire à Toulouse, David Fray participe à la célébration de cette 40ème édition de Piano aux Jacobins avec un programme qui associe deux compositeurs aux multiples points communs, à commencer par la courte durée de leur existence terrestre.

Le pianiste choisit tout d’abord d’explorer l’ombre des angoisses qui accompagnent la face cachée de la musique de Mozart. La première partie s’ouvre sur la profonde et dramatique Fantaisie n° 4 en ut mineur K 475. Les fréquents changements de tonalité, l’agitation qui caractérisent son écriture prennent ici des allures de menaces. David Fray en expose la noirceur, avec un sens profond de la tragédie.

David Fray – Photo Classictoulouse –

Cet éclairage radical se poursuit avec la Sonate K 457, elle aussi dans la tonalité caractéristique d’ut mineur. L’interprète n’hésite pas à enchaîner directement, sans pause, la Fantaisie avec le Molto allegro initial de la Sonate. Ces deux œuvres appartiennent, il est vrai, au même monde. Ce premier mouvement, qui évoque une fuite en avant, déchaîne quelques tragiques bourrasques. Il faut attendre l’Adagio (paradoxalement en mi bémol majeur) pour reprendre sa respiration. Ce n’est qu’une pause transitoire. David Fray aborde le final, qui retrouve la tonalité mineure, avec une rage impressionnante. Rage contre la vie, contre le destin ?

La seconde partie s’avère un peu moins tendue vers la tragédie. Le Rondo n° 3 en la mineur, toujours de Mozart, ménage une sorte de sas vers le tendre Schubert. Le thème initial de ce Rondo respire comme un soupir nostalgique. Sous les doigts sensibles de l’interprète, on retrouve ici ce sourire à travers les larmes si souvent évoqué à propos des partitions intimes de Mozart.

L’enchaînement se fait naturellement avec la Sonate n° 16 en la mineur de Franz Schubert. Plutôt que vers la tragédie, le caractère sombre et mélancolique du Moderato initial entraîne l’auditeur vers une sorte d’interrogation élégiaque. Le jeu nuancé et subtil de David Fray n’en obère pas une certaine manifestation de violence retenue. Il faut attendre les premières mesures de l’Andante poco moto pour éclairer le paysage d’une lumière diaphane. Après la vigueur dansante du Scherzo et de son Trio (enfin en mode majeur), le Rondo final, de nouveau en la mineur, évoque une course hallucinée qui ne cesse de s’accélérer vers un double accord final auquel le pianiste confère une force, une intensité à couper le souffle.

Après un tel voyage aux confins d’un Romantisme naissant, David Fray, ardemment applaudi, ouvre une succession de trois bis qui ramènent une sérénité hors du temps, puisque signée du grand Johann Sebastian Bach. Le premier n’est autre que l’Aria initial des mythiques Variations Goldberg BWV 988, véhicule d’une émotion elle aussi intemporelle. Suit l’un des Canons de la même œuvre. La soirée s’achève sur la magie du choral BWV 659 « Nun komm der Heiden Heiland » (Viens maintenant, Sauveur des païens) comme un chant d’espoir dans la nuit.

Signalons que David Fray sera de nouveau à Toulouse lors d’une Happy Hour de l’Orchestre national du Capitole, le samedi 1er février, au cours de laquelle il jouera des concertos de Bach et de Mozart. Retour aux sources !

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