Festivals

Création et héritage

La création musicale reste au cœur des préoccupations du festival Piano aux Jacobins. Les organisateurs poursuivent avec constance et détermination le principe d’une commande passée chaque année auprès d’un compositeur. Pour cette 30ème édition, le choix s’est porté une fois de plus sur le dynamique compositeur français Bruno Mantovani. L’interprète de cette nouvelle pièce s’imposait dès lors de lui-même. Jean-Efflam Bavouzet, l’ami de toujours, le « pianiste favori » de l’aveu de Bruno Mantovani lui-même, se devait de présenter le nouveau-né au public.

Le pianiste Jean-Efflam Bavouzet (Photo Guy Vivien)

C’est ce qu’il réalisa avec panache lors de son récital du 8 septembre dernier. « Le livre de JEB » est le titre de ce dernier opus de Bruno Mantovani. Non il ne s’agit pas d’une coquille, il s’agit bien de JEB et non de JOB. Vous l’aurez deviné, JEB ne recouvre pas autre chose que les initiales de l’interprète ! En outre, afin d’introduire « en douceur » l’effervescence de cette œuvre nouvelle d’une quinzaine de minutes, Jean-Efflam Bavouzet la fit précéder d’une exécution de « L’Italienne », courte pièce antérieure écrite par Bruno Mantovani en hommage à Rameau et construite comme un irrésistible crescendo amplifié par l’utilisation de la résonance naturelle de l’instrument.

D’après le compositeur lui-même, « Le Livre de JEB » est un hommage au festival Piano aux Jacobins et en même temps une histoire d’amitié avec l’interprète dont il brosse une sorte de portrait sur mesure. Toutes les ressources du piano et du pianiste sont sollicitées par cette partition nouvelle. La dynamique atteint les limites du possible, la richesse des couleurs, des rythmes, l’utilisation des pédales ne connaissent aucune borne. Certains traits, certains accords, le choix des transitions et de la métrique ne peuvent nier l’héritage ravélien. « Oiseaux tristes » où encore « Gaspard de la Nuit » trouvent dans cette œuvre comme une sorte de miroir actuel. De fulgurantes explosions sonores ponctuent cette coulée de lave sonore qui par instants laisse la place à d’ineffables moments de silence magique. Le succès public se montre à la hauteur de l’événement.

Le compositeur Bruno Mantovani (Photo Christophe Daguet – Editions Lemoine)

Auparavant, Jean-Efflam Bavouzet avait démontré la plus large palette expressive possible dans l’impressionnante sonate n° 31 en la bémol majeur de Joseph Haydn. L’éblouissant final presto conclut ce voyage où coexistent humour et angoisse, légèreté et blessure cachée, autant d’affects dont l’interprète révèle l’intensité.

La seconde partie, consacrée au livre II des Préludes de Claude Debussy, remet en quelque sorte les pendules à l’heure. Jean-Efflam Bavouzet y dévoile l’image d’un compositeur trop souvent cantonné dans une perpétuelle demi-teinte. Du quasi-silence aux déchaînements pianistiques extrêmes, il en explore toutes les nuances, toutes les facettes. De la grâce de « Les Fées sont d’exquises danseuses » à l’effervescence de « Feux d’artifice », ici aussi la palette des nuances dont l’interprète est capable fait merveille.

Deux bis réclamés et bienvenus viennent s’ajouter à ce beau programme : « Hommage à Haydn », de Debussy, bien en situation, et « Jeux d’eau » de Ravel, tout en fluidité.

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