Les enfants du pays toulousain nous invitent

en Espagne
C’est dans le cadre d’un festival aujourd’hui bien ancré dans le paysage culturel toulousain qu’Alain Lacroix, son directeur, avait convié deux tout jeunes artistes à se produire lors d’une soirée aussi originale qu’exigeante baptisée España. Tout un programme. Un public très nombreux avait envahi l’Auditorium Saint Pierre des Cuisines, un lieu idéal pour ce genre de concert.

Si la soprano Anaïs Constans est montalbanaise, c’est au Conservatoire de Toulouse qu’elle a pris ses premières leçons de musique. Un grand challenge l’attend au cours de la future saison capitoline puisqu’elle abordera sur notre scène le rôle de Micaëla aux côtés de l’immense ténor américain Charles Castronovo au cours des représentations de Carmen en avril 2018. Ce qui n’est pas rien. Pour l’heure, le répertoire choisi suit un itinéraire débutant au cours du Siècle d’Or et s’achevant au 20ème siècle. Ce large panorama nous permet d’entendre une composition anonyme en préambule, puis deux mélodies, l’une signée Alonso Mudarra (1510-1580), l’autre Estéban Daza (1537-1596). Un pas de géant nous conduit ensuite sur les traces de Joaquin Rodrigo, Heitor Villa-Lobos et de l’incontournable Manuel de Falla. Très attentive aux différents styles requis, Anaïs Constans démontre avant toute chose une belle musicalité.

Anaïs Constans – Photo James Desauvage –

Thibaut Garcia – Photo Luis Castilla

Si le registre aigu en début de programme laisse entendre des sonorités un rien métalliques, celles-ci vont disparaître au cours de la soirée. Et c’est peut-être bien dans le bis accordé en fin de récital, l’inénarrable Canzonetta spagnuola de Gioacchino Rossini, que cette jeune voix se libère et s’exprime le mieux, offrant une virtuosité bel cantiste de premier plan ainsi que de magnifiques couleurs, son médium ample et chaleureux donnant un corps exceptionnel à cette mélodie. A ses côtés, un « accompagnateur », si l’on peut dire, de luxe. Rien moins que le guitariste toulousain Thibaut Garcia, un musicien qui, malgré son très jeune âge, a déjà conquis la planète entière. Un seul solo lui était accordé, mais quel solo : Asturias, le premier des Cinq Chants espagnols qu’Isaac Albéniz publia en 1892. Ecrit à l’origine pour piano, il est aujourd’hui tout autant connu dans sa transcription pour guitare. Pendant six minutes, le temps s’est arrêté. Sous les doigts virtuoses de Thibaut Garcia c’est tout un florilège de ce que la musique espagnole sait rendre totalement envoûtant: buleria, copla, malaguena apparaissent et disparaissent en un tourbillon sensuel d’une musicalité fascinante. Il n’était que d’entendre la reprise du thème initial comme émergeant d’un silence qui s’était fait de cathédrale pour comprendre l’intensité de ce moment magique qui fut salué par une formidable ovation. Artiste exclusif de Warner classics Erato, Thibaut Garcia a déjà enregistré un magnifique album intitulé Leyendas.

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