Disques

Un vrai dérapage

Stupeur et… consternation ! Qu’arrive-t-il au grand baryton-basse gallois Bryn Terfel,  aujourd’hui dans la pleine possession de moyens vocaux absolument somptueux ? Son dernier récital prend pour thème, il en faut bien un, les mauvais garçons de l’opéra. Et Dieu sait si l’art lyrique n’en manque pas, chacun ayant une plus ou moins bonne raison de flirter avec le Mal. Ajoutons que les dons de comédien de cet artiste ne sont plus à vanter, les plus grandes scènes du monde et les publics les plus exigeants les ayant reconnus.

 

Alors pourquoi un tel disque qui s’apparente plus à une mascarade qu’à autre chose ?

Bryn Terfel a une voix mixte de baryton-basse avec des harmoniques relativement claires. Point. Donc, lorsqu’il s’aventure dans le Mefistofele de Boito, il peine sérieusement dans le registre grave, se réfugiant dans la caricature la plus vériste pour personnifier l’Ange déchu. Si le Scarpia de Tosca nous rassure un instant, le Dulcamara de l’Elixir d’amour qui suit est affligeant, ce rôle de basse-bouffe réclamant une toute autre virtuosité et

beaucoup plus de finesse de ton, Donizetti oblige. Le Credo de Iago d’Otello est, surprise, pour le moins peu concluant et le grand air de Kaspar du Freischütz de Weber, à nouveau un rôle écrit pour une vraie basse ne le montre pas au mieux de ses moyens. Quant à la grande scène de Sportin’Life du second acte de Porgy and Bess de Gershwin, il s’agit tout simplement d’une transcription d’un rôle de ténor (?). Cela dit, ce n’est pas le moment le plus désagréable de cet album… Même remarque pour l’air suivant, la célèbre ballade de Mackie Messer extraite de l’Opéra de quat’sous de Kurt Weill, encore un rôle de ténor. Suivent, pour notre plus grand plaisir d’ailleurs,  trois tubes de comédies musicales, l’air de Roderic (Ruddigore d’Arthur Sullivan), l’air de Swenney Todd extrait de la comédie éponyme  de Stephen Sondheim, enfin la grande scène de Javert issue des Misérables mis en musique par Claude-Michel Schönberg.

Retour à l’art lyrique avec le grand air de Barnaba (La Gioconda de Ponchielli). Si cet air héroïque démarre plutôt bien, Terfel étant complètement dans sa tessiture, il se termine sur un aigu meurtrier que le baryton ne peut, même en studio, négocier ! Le célébrissime air de la Calomnie, extrait du Barbier rossinien, n’a plus, si ce n’est l’intention, grand chose à voir avec l’original. Satisfaction par contre avec une très belle interprétation de l’air de Pizarro (Fidelio de Beethoven). Mais c’est reculer pour mieux sauter avec un Veau d’or (Faust de Gounod) d’un mauvais goût achevé et un original ici aussi malmené.

Mais l’apothéose est pour le final. Celui qui fut un superbe Leporello mozartien et un Don Giovanni tellurique s’offre la fantaisie d’enregistrer, à lui seul, toute la scène finale, Commandeur inclus ! Les bras nous en tombent. Mais au passage il est facile de déceler dans cette voix qui fut glorieuse des stigmates de difficultés que tout le marketing de cet album a du mal à cacher.

L’accompagnement complaisant de Paul Daniel à la tête du Swedish Radio Choir et du Swedish Radio Symphony Orchestra ne change rien au sentiment trouble que laisse cet enregistrement.

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