Disques

Trombone concertant

Toulouse a récemment accueilli, en concert, celui qui porte haut la réputation de l’enseignement des cuivres en la Ville rose, le tromboniste Fabrice Millischer. Issu d’une famille de musiciens professionnels, ce surdoué est titulaire du Premier Prix du prestigieux Concours international de l’ARD de Munich en 2007, ce prix étant alors attribué pour la première fois depuis la création du concours. Nommé « Révélation soliste instrumental » des Victoires de la Musique Classique en 2011, il se produit en soliste au trombone et à la sacqueboute. Il est actuellement trombone solo à la Deutsche Radio Philharmonie Saarbrücken Kaiserslautern et membre du Quatuor Quartbone qu’il a cofondé en 2006. Il joue régulièrement avec de grands ensembles baroques comme Les Sacqueboutiers, Le Concert des Nations, Le Concert d’Astrée, les chœurs les éléments et Arsys Bourgogne. Il se produit en outre dans toute l’Europe comme soliste aussi bien au trombone qu’à la sacqueboute.

Après une première parution soliste témoignant de ses capacités à aborder avec le même bonheur le trombone moderne aussi bien que son ancêtre la sacqueboute, Fabrice Millischer s’illustre ici dans un répertoire rare et néanmoins riche de musicalité. Trois concertos signés de compositeurs français méritent l’audience que cette parution pourrait bien leur apporter. Le concerto pour trombone et orchestre d’Henri Tomasi est devenu un grand classique du genre pour tous les trombonistes du monde.

Créée en 1957, cette belle partition, lyrique et colorée, met en exergue les qualités chantantes de l’instrument. La poésie des cantilènes, la virtuosité des traits, l’ambitus impressionnant, les contrastes dynamiques, l’esprit, l’humour même qu’exige la succession de ses trois mouvements, trouvent en Fabrice Millischer un interprète de choix. Sa technique, si parfaite qu’elle se fait oublier, lui sert de moyen d’expression. Le plaisir du jeu affleure à chaque instant, soutenu avec panache par une phalange orchestrale de grande qualité, la Deutsche Radio Philharmonie Saarbrücken Kaiserlautern, sous la direction habile d’Ulrich Kern.

Les deux autres partitions gravées ici ont toutes deux été créées par Fabrice Millischer lui-même. « La Chute de Lucifer » est un poème symphonique composé par le Grenoblois Patrick Burgan qui, comme son interprète principal, a commencé ses études au Conservatoire de Toulouse. L’originalité de son talent est déjà bien connue des mélomanes. Il composa pour l’ensemble de cuivres anciens de Toulouse Les Sacqueboutiers, un splendide oratorio sur « La Bataille de Muret » qui connut un immense succès à sa création. On retrouve dans ce concerto ses talents de coloriste, l’originalité de son écriture, profondément expressive, et la tension qu’il sait y introduire. Lumière, Révolte et Abîmes sont les titres des trois mouvements que comporte cette partition forte. Tantôt lyrique, tantôt animée, la partie soliste, admirablement défendue, s’intègre magnifiquement dans un maelstrom orchestral d’une étonnante richesse. Le mouvement central recèle un étrange passage évoquant le fameux thème-statue de la Turangalîla-Symphonie d’Olivier Messiaen. Hommage ou référence inconsciente ? Quoiqu’il en soit, le soliste déploie ici toute la panoplie des moyens possibles de l’instrument, en particulier lors de l’impressionnante cadence qui conclut le deuxième volet, hérissée de difficultés aisément négociées. La marche du final, évocation cataclysmique et satanique coupe le souffle de l’auditeur. Pas celui du l’interprète !

Enfin, le concerto pour trombone et ensemble de cuivres signé du grand organiste Jean Guillou, oppose le trombone solo à un groupe d’instruments à embouchure et à d’opulentes percussions. Composée en 1991-92, cette partition dut attendre 2009 pour être créée par Fabrice Millischer. L’instrument soliste se trouve ici en milieu familier. L’âpreté d’un rythme implacable, les échanges acérés entre l’instrument soliste et l’ensemble, confèrent à ce triptyque une grande originalité. Là aussi la virtuosité d’écriture pour le trombone solo est poussée à l’extrême, notamment en termes d’ambitus dans une cadence proprement inouïe. L’interprète y fait des merveilles, rendant possible l’impossible… A recommander chaleureusement d’autant plus que l’accompagnement orchestral est de grande qualité !

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