Disques

Triptyque Stravinsky

Si Le Sacre du printemps reste l’œuvre phare du grand compositeur russe, son catalogue est le reflet d’une personnalité complexe qui présente une impressionnante diversité de styles. Sir Simon Rattle, à la tête de son mythique Berliner Philharmoniker aborde ici trois partitions correspondant à trois périodes de la vie créatrice de cet inventeur de musique.

Un siècle après sa création tumultueuse, le 29 mai 1913 au théâtre des Champs-Elysées à Paris, Le Sacre du printemps continue de surprendre, d’impressionner et de susciter des interprétations différentes et parfois opposées. Celle que proposent le grand chef britannique et ses formidables musiciens apporte une pierre supplémentaire à l’édifice. La grande clarté des plans sonores séduit immédiatement dans cette version enregistrée en concert en novembre 2012. Tous les détails d’une riche orchestration y flamboient de belle manière.

Paradoxalement, le raffinement de chacun de ces détails, non seulement ne nuit pas à la progression de l’ensemble, mais contribue à la continuité de la ligne générale. Tous les passages retenus distillent une poésie basée sur les combinaisons de timbres, si génialement imaginées par le compositeur. Quant aux explosions d’énergie et de sauvagerie, elles ne cherchent pas à effrayer, mais à convaincre. La vision synthétique joue sur cette alternance. La première partie, L’Adoration de la Terre, se reçoit comme un long crescendo, irrésistible et somptueux. Le chef introduit certains détails subtils significatifs comme ces accents sensuels, presque langoureux, dans l’introduction de la seconde partie, Le Sacrifice. Enfin, l’accord final qui signe la mort de l’Elue est précédé d’un long silence glaçant et « breathtaking » comme pourrait le dire le chef britannique.

Avec ses Symphonies d’instruments à vent (le pluriel s’impose ici), plus tardives de seulement sept ans, Stravinsky aborde un style apaisé, sculptural, équilibré et presque austère. Les sonorités d’une grande pureté des vents berlinois y font des merveilles, toujours en concert en septembre 2007.

Le contraste avec le Sacre est encore plus renversant dans les épisodes éthérés du ballet Apollon musagète enregistré ici en concert en février 2011. Classique, mais nourrie d’une grande plénitude sonore, l’interprétation délivrée donne vie à cette partition que certaines exécutions cantonnent dans une élégance glacée. Inutile de préciser que les cordes des Berliner atteignent ici encore une perfection absolue.

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