Disques

Sous le signe de Sarasate

Pour célébrer son quarantième anniversaire, Renaud Capuçon enregistre trois des œuvres qui ont compté lors des jeunes années de sa formation. Comme il l’indique dans le livret de ce nouvel album, c’est avec le concerto de Max Bruch, les Zigeunerweisen de Pablo de Sarasate et la Symphonie espagnole d’Edouard Lalo que le jeune Renaud de douze ans a abordé le grand répertoire violonistique.
Ces trois partitions, très différentes d’esprit et de style, sont pourtant liées par le fil rouge dont Sarasate joue en quelque sorte le rôle. Le grand virtuose espagnol fut le dédicataire, d’une part, de la Symphonie espagnole de Lalo, d’autre part, de la Fantaisie écossaise de Bruch alors qu’était créé son concerto par un autre grand virtuose de l’archet, Joseph Joachim. Sur cette même galette CD, Renaud Capuçon insère ainsi les très virtuoses Zigeunerweisen de Sarasate entre les « concertos » de Lalo et de Bruch. Les précédents guillemets s’avèrent nécessaires du seul fait que la partition de Lalo se présente comme une « symphonie », mais obéit aux canons du concerto, même si la succession de ses cinq mouvements la rapproche plutôt d’une suite pour orchestre et violon solo.

Dans cette œuvre, créée en 1875 et adoptée par les plus grands violonistes, Renaud Capuçon déploie le soleil de sa splendide sonorité. Sans souligner à outrance le caractère ibérique des thèmes imaginés par Lalo, ceux d’une Espagne imaginaire telle que l’ont vécue notamment Debussy et Ravel, le soliste fait émerger les couleurs les plus chaleureuses de son Guarnerius, soutenu par un Orchestre de Paris admirable d’ardeur sous la direction dynamique de Paavo Järvi.

Le ton s’avère très différent avec le premier des trois concertos de Max Bruch, le plus joué des trois.

La vision très romantique du compositeur y évoque celle que Brahms a magnifiée dans son propre et unique concerto pour violon. Rappelons tout de même que le concerto de Brahms est postérieur d’une dizaine d’années à celui de Bruch (créé en 1866) qui occupe ainsi une place intermédiaire entre Mendelssohn et Brahms. Le grand lyrisme qui s’y impose trouve en Renaud Capuçon un interprète enthousiaste : larges phrasés, dynamique d’une détermination absolue, vibrato parfaitement contrôlé, subtile intégration au soutien orchestral.

Entre ces deux pièces maîtresses du grand répertoire, Renaud Capuçon livre sa version à la fois débridée mais d’un absolu contrôle technique et musical de ces Zigeunerweisen (1875) qui avoue sa démarche dans son titre : « Airs tziganes ». Ne reculant devant aucune acrobatie violonistique, le virtuose-compositeur accumule les traits pyrotechniques, de l’extrême grave à l’extrême aigu, mais aussi les élans expressifs. Le grand Bobby Lapointe déclarait : « Le violon, de deux choses l’une, ou tu joues juste ou tu joues tzigane. » Inutile de dire que Renaud Capuçon joue juste ET tzigane, et avec un chic, une élégance, un déploiement festif qui confèrent à cette œuvre ses lettres de noblesse, tout en donnant l’impression d’improviser.

Signalons enfin que l’enregistrement de cet album met en évidence les belles qualités acoustiques de la Philharmonie de Paris où il a été réalisé.

Que voici une belle façon de célébrer son anniversaire !

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