Fidèle à son image quelque peu marginale dans le monde des pianistes, Hélène Grimaud vient d’enregistrer un nouveau programme musical qui tourne le dos aux traditionnels récitals souvent consacrés à un seul compositeur ou à une époque déterminée. Le 29 novembre 2010, la pianiste présentait d’ailleurs ce même programme à Toulouse, à l’invitation des Grands Interprètes.

 

Ce récital, intitulé « Résonances », s’écoute comme on suit un parcours intérieur. Mais ici le voyage s’organise autour d’un point central, originel qui, paradoxalement, est occupé par l’œuvre la plus « radicale » de ce voyage musical, la sonate opus 1 d’Alban Berg. Au cours de l’entretien que la pianiste accorde dans la notice de l’album, elle caractérise parfaitement l’impact de cette œuvre prophétique : « C’est un drame musical coulé dans la forme miniature d’une sonate en un mouvement. »

L’interprétation qu’elle en délivre témoigne de cette fascination exercée par une partition charnière entre deux époques, deux styles. Hélène Grimaud choisit délibérément, et très justement, d’ancrer cette sonate dans l’expression lyrique, héritière d’un romantisme exacerbé. Berg apparaît ici comme célébrant la fin d’un monde et ouvrant la porte vers l’inconnu. Le lien évident avec la sonate en si mineur de Franz Liszt apparaît particulièrement naturel. Hélène Grimaud en donne une lecture profondément expressive. Les explosions d’énergie se révèlent bien intégrées dans la trame générale. Le poids de silences impressionne. La sonate de Mozart K 310 qui ouvre ce récital est de celles, rares, qui explorent le domaine du drame, du pathétique. En ce sens elle se trouve ici en bonne compagnie. Son interprétation ne se départit pourtant pas d’une certaine raideur. Quant aux Six danses populaires Roumaines de Bartók qui concluent ces « Résonances », elles regorgent d’une énergie populaire particulièrement bienvenue sous les doigts de la belle pianiste qui donne l’impression d’être restée l’éternelle adolescente de ses fulgurants débuts.

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