Disques

Opéra à quatre mains

Ils viennent de Namur. Stéphanie Salmin et Pierre Solot, unis à la ville comme au concert, ont décidé en 2009 de constituer un duo permanent de pianistes et de poser leurs quatre mains sur un même clavier. Ce Duo Solot aborde au disque un répertoire rare et vivifiant, celui des transcriptions pour piano à quatre mains d’opéras de Rossini. Un véritable bain de fantaisie.

Le système des transcriptions d’opéra pour piano ou petits ensembles instrumentaux date de l’époque où la radio, le disque, l’enregistrement en général n’existaient pas. La plupart des grands succès lyriques devaient alors leur diffusion auprès du grand public à ces adaptations qui permettaient d’introduire l’opéra au sein des salons privés et des demeures bourgeoises. Certains compositeurs, comme Franz Liszt, exerçaient leurs talents à écrire des paraphrases ou autres réminiscences qui utilisaient les motifs principaux d’une œuvre lyrique pour bâtir une partition originale.

Stéphanie Salmin et Pierre Solot, quant à eux, ont décidé de réunir sur cet album une série de transcriptions parfaitement fidèles à l’original, sans ajout ni broderie excessive autour de la partition de départ. Ils consacrent cette réjouissante compilation à l’un des plus joyeux compositeurs d’opéras, Gioacchino Rossini, transcrit pour piano à quatre mains par quelques compositeurs parfois inattendus dans ce répertoire. Comment en effet imaginer qu’un visionnaire de la trempe d’Arnold Schönberg, qui révolutionna l’écriture musicale en fondant l’atonalisme et le dodécaphonisme, ait pu s’intéresser à ce génial amuseur ? Il l’a pourtant fait en 1903, à travers une fidèle et piquante transcription des principaux épisodes du Barbier de Séville. Le compositeur allemand Richard Kleinmichel (1846-1901), auteur lui-même d’un opéra, Manon, transcrivit pour quatre mains les ouvertures de L’Italienne à Alger et de La Pie voleuse. Enfin, figure ici une version ébouriffante de l’ouverture de Guillaume Tell imaginée par Louis Moreau Gottschalk (1829-1869), celui-là même qui parcourut en train, avec plusieurs pianos, tout le Far-West américain à l’époque héroïque des westerns…

Stéphanie Salmin et Pierre Solot s’emparent de cette effervescence digitale avec une bonne humeur et un plaisir évidents. Rossini ne perd rien de son imagination ni de sa fantaisie. Techniquement irréprochable, leur jeu ressemble à celui que délivrerait un seul pianiste à quatre bras. Un bain d’allégresse à écouter le sourire aux lèvres !

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