Disques

L’héritage de Christopher Hogwood

Deux imposants coffrets paraissent simultanément dans la collection de L’Oiseau-Lyre de la firme DECCA. Ils rassemblent les productions symphoniques des deux plus grands compositeurs de la période classique : Joseph Haydn et Wolfgang Amadeus Mozart. Cette somme unique est due à l’un des musiciens les plus actifs de la vague « baroqueuse », le britannique Christopher Hogwood, disparu le 24 septembre 2014 à l’âge de 73 ans, dirigeant ici la formation qu’il fonda en 1973, The Academy of Ancient Music.

La trajectoire de ce « redécouvreur » des musiques largement pratiquées par ailleurs débuta avec la fondation de l’ensemble The Early Music Consort avec David Munrow, disparu prématurément en 1976 à l’âge de 34 ans. Christopher Hogwood, claveciniste et organiste, commença donc à s’intéresser à la pratique « historique » de la musique ancienne à travers cette exploration des productions du Moyen Âge. C’est après avoir collaboré avec Neville Marriner et son Academy of Saint-Martin-in-the-Fields qu’il sentit la nécessité de recourir aux instruments d’époque afin de rendre justice aux œuvres abordées. Il fonda alors l’un des premiers ensembles du monde à jouer sur instruments historiques, The Academy of Ancient Music, du nom d’une institution du XIXème siècle, établie à Londres en 1726, et dont le but était de jouer de la musique ancienne. Christopher Hogwood aborda successivement les répertoires baroques puis, ultérieurement, classiques, adoptant ainsi la logique d’une démarche volontairement chronologique. Il souhaitait ainsi interpréter chaque partition d’une époque donnée à partir de l’acquis des périodes précédentes.

Aussi bien pour Haydn que pour Mozart, Hogwood adapte, après des recherches détaillées, l’effectif orchestral à la période considérée.

L’écoute de ces enregistrements étalés sur de longues périodes retrouve la fraîcheur et les couleurs typiques de la formation britannique. Le recours aux instruments d’époque (ou copies d’époque) se traduit, d’une manière générale, par une remarquable transparence qui permet aux voix secondaires de se faire entendre plus clairement qu’avec un instrumentarium moderne. Les instruments à vent y retrouvent une place importante, n’étant plus masqués par l’opulente « moquette » de cordes des grands orchestres romantiques et modernes.

Le coffret de 32 CDs, consacré aux symphonies de Joseph Haydn, ne constitue pas tout-à-fait une intégrale. Christopher Hogwood n’a pu mener à bien cette rétrospective. Le coffret rassemble ainsi les 75 premières symphonies, puis les partitions numérotées 94, 96, 100, 104, 107 et 108. En général, la numérotation s’arrête à la 104, mais ici l’étude des manuscrits a permis de rajouter des partitions non numérotées, certaines plus anciennes. La passion de Hogwood pour Haydn transparaît à chaque seconde. Lui qui considérait Haydn comme « un musicien pendant très longtemps mal compris » en exalte ici les beautés faites de légèreté, mais aussi de profondeur, d’humour et de sensibilité.

Si quelques manques affectent donc la « presque-intégrale » Haydn, le coffret Mozart représente une somme d’une rare complétude. Non seulement les 41 symphonies répertoriées y figurent, mais s’y rajoutent 27 autres pièces symphoniques, comme la fameuse Sérénade Haffner, ainsi que des versions alternatives des symphonies n° 31, 35 et 40. Un soin particulier est apporté aux choix des instrumentations et des effectifs, très variables d’une partition à l’autre, toujours très proches de l’esprit autant que de la lettre. Le violoniste Jaap Schröder, Konzertmeister de la formation, apporte en outre à cette somme historique toute sa culture du violon baroque.

Ces deux parutions, d’une probité et d’une fraîcheur exemplaires, aux prix particulièrement attractifs, s’imposent à tous ceux qui cherchent leur bonheur dans la glorieuse période classique.

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