Disques

Les Misters « B » d’Anne-Catherine

Pour son premier récital, la soprano belge Anne-Catherine Gillet invite à son programme trois immenses musiciens, l’Américain Samuel Barber (1910-1981), le Français Hector Berlioz (1803-1869) et le Britannique Benjamin Britten (1913- 1976).

Du premier, elle extrait de son catalogue une mélodie  créée en 1948 par la légendaire cantatrice américaine Eleanor Steber (1916-1990), titulaire au MET de New York, pendant des années, des grands rôles de Mozart, Verdi, Wagner et Richard Strauss. Cette véritable rhapsodie lyrique, Knoxville : Summer of 1915, sur un texte autobiographique de l’écrivain américain James Agee (1909-1955), est une rareté car peu enregistrée.

La chaude ambiance de cette soirée d’été qu’elle dépeint trouve avec Anne-Catherine Gillet l’aura crépusculaire d’une nostalgie douloureuse qui ne quittera jamais le romancier (il perdit son père en 1915). Berlioz et son célèbre cycle des Nuits d’été occupent le centre de ce programme. Dans sa version orchestrée par le compositeur lui-même, Berlioz a, contrairement à la version initiale pour piano prévue pour ténor ou mezzo-soprano, dédié chacune des mélodies de ce cycle à un type de voix : Le Spectre de la Rose pour contralto, Sur les lagunes pour baryton, Au cimetière pour ténor et mezzo- soprano pour toutes les autres pièces. Si l’on pouvait nourrir quelque appréhension quant à l’adéquation du timbre d’Anne-Catherine Gillet, soprano lyrique, avec cette œuvre, les premiers mots échangés avec l’orchestre nous rassurent totalement. La fluidité de l’émission, sa franchise de ton, la musicalité de cette cantatrice, le poids qu’elle donne à chaque mot renversent les barrières de nos habitudes et nous font découvrir une interprétation originale et pleine de charmes.

Peu avant la seconde Guerre Mondiale, Benjamin Britten s’exile aux Etats Unis. C’est là qu’il va composer ce cycle de mélodies intitulé : Les Illuminations sur des textes d’Arthur Rimbaud. Créé par la soprano Sophie Wyss, il constitue peut-être ici l’acmé de cet album. Formidablement habitée et dans une couleur qui sied à merveille à ce recueil, Anne–Catherine Gillet signe ici une interprétation allant bien au-delà de la musique. Superbe !

Soulignons enfin l’apport considérable à la beauté de cet enregistrement de Paul Daniel à la tête du Liège Royal Philharmonic, l’une des plus remarquables formations de Belgique.

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