Disques

Les éléments et l’Âme slave

Fondé en 1997 par Joël Suhubiette, le Chœur de Chambre les éléments est rapidement devenu l’un des ensembles vocaux les plus recherchés, et pas seulement en France. La parution de ce récent album CD consacré à « L’Âme slave » témoigne de la diversité de son répertoire qui ne cesse de s’élargir au fil des ans. Si le chant a cappella reste la base de son action musicale, le chœur aborde toutes les périodes historiques, du Moyen Âge à nos jours. L’exploration des domaines apparemment éloignés du chant choral académique résulte de l’intérêt porté par Joël Suhubiette et ses chanteurs à la découverte de nouveaux horizons. La curiosité musicale est un bien beau défaut !

Après avoir porté la bonne parole de l’héritage méditerranéen à travers son étonnant programme « Méditerranée Sacrée », l’ensemble aborde ici le riche répertoire centré sur la Russie et la Mitteleuropa. Le titre de l’album, comme celui des concerts qui l’ont précédé, « L’Âme slave » trouve une définition poétique sous la plume de Dominique Fernandez, opportunément rappelée dans le livret qui accompagne l’album : « Une âme qui laisse passer la lumière, sans forcément qu’il s’agisse du ciel ou de Dieu, voilà en quoi l’on reconnaît qu’elle est « slave » ».

Dédié à Alix Bourbon, en hommage à la grande prêtresse du chant choral, notamment à Toulouse, et coproduit par Odyssud-Blagnac et les éléments, cet album est le fidèle reflet du concert public qui a révélé ce programme à Toulouse. Il regroupe des chants enracinés dans les terroirs tchèque, slovaque, hongrois et russe, et musicalement transcrits par Dvořák, Tchaïkovski, Rachmaninov, Stravinski, Bartók et Ligeti.

Des extraits des « Bouquets de chants populaires slaves » et de « Dans le Royaume de la nature », ainsi que les « Quatre chants folkloriques de Moravie » donnent la part belle à Antonin Dvořák.

L’écriture chaleureuse et expressive du compositeur sur des textes populaires poétiques mais aussi pleins d’humour, trouve ici, outre l’équilibre parfait entre les voix, la juste mesure entre folklore et raffinement.

Les voix de femmes et le commentaire pianistique de Corinne Durous charment joliment les deux chansons signées Tchaïkovski et Rachmaninov, toutes deux imprégnées de rêve lumineux et de mélancolie. Avec Igor Stravinski et ses « Quatre chansons paysannes », le ton change radicalement. La veine populaire s’exprime sur un rythme souverain, support d’un humour un peu corrosif. La belle voix de Julia Wischniewski s’en détache avec bonheur.

Enfin, la Hongrie de Béla Bartók et György Ligeti complète ce panorama dans l’émotion et l’intensité expressive. Dans les « Quatre chants slovaques » et les « Trois chants populaires hongrois » (ces derniers pour piano seul) de Bartók, la profonde nostalgie alterne avec la grâce légère. L’héritage de ce dernier se retrouve dans les « Trois chants du folklore hongrois » et les deux chansons qui les accompagnent de György Ligeti, dans un langage musical traditionnel mêlant poésie, sourires et ferveur. Les deux admirables chants qui concluent ce panorama, intitulés Nuit et Matin, vont plus loin dans la modernité du langage. Les applaudissements chaleureux qui accueillent ce programme enregistré en public saluent légitimement la beauté des œuvres comme celle de l’interprétation, à la fois respectueuse de leur spécificité, d’une grande perfection formelle et d’une profonde sensibilité.

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