Disques

Le violon du siècle

Voici cent ans, le 22 avril 1916, naissait à New York le plus universellement aimé, médiatisé et respecté des violonistes, Yehudi Menuhin. Mais pas seulement. Décédé à Berlin, le 12 mars 1999, ce grand musicien, qui fut un étonnant enfant prodige de l’archet, termina sa carrière comme chef d’orchestre, tout en ne cessant d’incarner une sorte de conscience universelle. Ce centenaire ne pouvait passer inaperçu. La compagnie discographique à laquelle Yehudi Menuhin resta fidèle pendant toute sa carrière (La Voix de son Maître, devenue EMI, puis finalement Warner) lui rend un solennel hommage en forme de « chronique de toute une vie », ainsi que le qualifie Bruno Monsaingeon, maître d’œuvre de cette rétrospective.

Sous le titre générique « Le Siècle de Menuhin », Warner édite donc une somme discographique impressionnante rassemblant 80 CDs remastérisés, répartis en 5 coffrets thématiques disponibles séparément. Un coffret de 11 DVDs réunissant un somme audiovisuelle répartie sur toute la vie de ce citoyen du monde ainsi qu’un ouvrage richement illustré signé Bruno Monsaingeon accompagnent cette édition.

Le coffret n° 1 est composé d’enregistrements totalement inédits, ou inédits en CD, et réalisés sur une période d’un demi-siècle.

Il n’est évidemment pas possible de lister ici toutes les œuvres rassemblées dans ce coffret, ni de nommer tous les musiciens, orchestres et chefs qui accompagnent le violoniste. Sachez que le tout premier CD permet d’entendre la voix de l’homme évoquant ses débuts à l’âge de 12 ans (en français, en anglais et en allemand !), ainsi que son tout premier enregistrement, réalisé en 1929, celui de la Sonate pour violon seul n° 3 de Johann Sebastian Bach. Il contient également sa première gravure d’un grand concerto romantique. Il s’agit du n° 1 de Max Bruch : témoignage de l’incroyable maturité d’un adolescent de 15 ans ! Dès ces premiers témoignages éclatent des qualités exceptionnelles de jeu, de sonorité, de musicalité, et surtout apparaît une personnalité pétrie de sensibilité, de générosité.

 
Dans ce premier coffret, chaque CD correspond à une période donnée et le classement est réalisé de manière chronologique.

Outre une multitude de petites pièces, originales ou transcrites, jouées en compagnie de pianistes réputés, comme le célèbre Gerald Moore, on découvre là quelques pépites oubliées, comme cette Symphonie Espagnole de Lalo, enregistrée avec l’Orchestre des Concerts Colonne, dirigé par Jean Fournet. Ou encore le Concerto de Mendelssohn sous la direction d’Adrian Boult.

Certains de ces enregistrements n’avaient pas été publiés précédemment pour une raison liée à un problème technique qui affecta le jeu du violoniste à partir de la fin des années quarante. Un tremblement de la main droite menace peu à peu son maniement de l’archet. « J’ai connu des moments de désespoir » déclare-t-il à ce propos. II réussit néanmoins, non pas à surmonter ce problème, mais à l’intégrer à son jeu. C’est ce que prouve cette série d’enregistrements aussi brillante qu’émouvante. Les dernières gravures de cette série datent de 1983 et concernent un répertoire largement ouvert : Jean-Marie Leclair, Giuseppe Tartini, François Adrien Boïeldieu, ou même Gioacchino Rossini.

 
Il n’est pas inutile de spécifier ici les thèmes abordés dans chacun des quatre autres coffrets de CDs ainsi publiés.Le n° 2, « Acteurs de l’Histoire », reflète la collaboration de Menuhin avec les plus grandes personnalités musicales de son temps : Edward Elgar, Wilhelm Furtwängler, Georges Enesco…

Dans le n° 3, on retrouve l’essentiel de ses concerts publics. Dans le n° 4 éclate la complicité de Yehudi avec sa sœur, la pianiste Hephzibah Menuhin.

Le coffret n° 5 rassemble ses enregistrements légendaires, depuis ses performances virtuoses des années trente jusqu’à son dernier disque gravé six semaines avant sa disparition. En outre, un album de 3 CDs reprend un choix d’enregistrements extraits de l’édition complète des 80 CDs de cet hommage. A déguster avec passion.

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