Disques

L’arbre que cachait la forêt

L’arbre, c’est cet émouvant Stabat Mater que vient d’enregistrer l’ensemble vocal Jacques Moderne sous la direction de Joël Suhubiette. La forêt n’est autre que ce gigantesque corpus de plus de cinq cents sonates, composé par Domenico Scarlatti, que tous les « clavieristes » (clavecinistes et pianistes) ont contribué à largement populariser. Voici une parution qui nous rappelle opportunément à quel point Scarlatti fut un génie de l’art sacré.

Joël Suhubiette et son ensemble Jacques Moderne plongent l’auditeur dans l’univers lumineux de la musique vocale de ce grand inventeur de formes.

 
Les deux pièces essentielles de ce corpus enregistrées ici témoignent d’un extrême raffinement et d’une inspiration exceptionnelle en ce début du dix-huitième siècle. La plus ambitieuse des partitions vocales de Scarlatti, ce Stabat Mater, dont on sait peu de choses sur les circonstances de sa composition, impressionne immédiatement l’auditeur par sa profondeur dramatique et la richesse harmonique, ou tout simplement polyphonique, de son écriture.

L’invention surprend à chaque mesure. Il faut écouter la puissance dramatique d’un enchaînement comme celui qui lie le « Cujus animam gementem » au « Quis non posset ». L’« Inflammatus » coupe le souffle. Celui de l’auditeur, pas celui des chanteurs qui réalisent là une performance admirable !
Toutes les ressources techniques de la voix sont placées au service de l’expression.

On ne possède pas davantage d’information concernant la Messe de Madrid (Missa Quatuor Vocum), baptisée ainsi du fait de sa retranscription pour la Chapelle Royale d’Espagne en 1754. L’écriture en est bien différente de celle du Stabat Mater. Aucun effet dramatique ne vient perturber le style « ancien », le flux continu de musique qui la parcourt. Le détachement apparent qui la caractérise établit une sorte d’effet hypnotique fascinant. Les deux courtes œuvres qui complètent cet album, le Cibavit nos et le Te Deum, obéissent à peu près aux mêmes canons que la Messe de Madrid, s’opposant en cela à ceux du Stabat Mater. Un petit ensemble instrumental (basses, théorbe, clavecin et orgue) soutiennent discrètement mais efficacement l’ensemble vocal.

Dirigé depuis plus de quinze ans par Joël Suhubiette, l’ensemble Jacques Moderne se consacre au répertoire vocal qui s’étend de la Renaissance à la période Baroque. Il a acquis un savoir-faire et une capacité d’assimilation dignes d’éloge. La sensibilité dont il fait preuve dans ce répertoire, et en particulier dans le Stabat Mater, force l’admiration. La beauté vocale n’est jamais gratuite. Elle se place toujours au service de l’expression et donc de l’émotion. Voici à coup sûr une grande parution qui bénéficie de la coproduction du Festival de Musique de Sully et du Loiret.

Partager

La Rusalka du Capitole au CGR Blagnac le 11 octobre 2026
Cette projection est donc une occasion en or de voir, ou de revoir, cette magnifique représentation.
Le Requiem de Verdi ouvre la belle saison des Grands Interprètes
Le 12 octobre prochain, la somptueuse Messe de Requiem de Giuseppe Verdi est inscrite au programme du grand concert d’ouverture de la 41ème saison des Grands Interprètes.
Le Duo Odelia ouvre la saison Toulouse Guitare
Pour son premier concert de la saison 2026 – 2027, Toulouse Guitare invite à la Chapelle des Carmélites le Duo de guitare composé de Marie Sans et Alice Letort.
La prodigieuse ouverture de saison de l’Orchestre national du Capitole
Le 1er octobre dernier, la Halle aux Grains pleine à craquer hébergeait le premier concert de la phalange symphonique toulousaine.
La balade en forêt de Jean-François Heisser
Le 30 septembre dernier, la dernière rencontre du 47ème festival Piano aux Jacobins a permis au grand pianiste Jean-François Heisser de présenter un programme musical particulièrement original.
Marie-Nicole Lemieux, une terrifiante Médée (de Charpentier) au Capitole
Une entrée au répertoire et une découverte, pour de nombreux mélomanes, follement applaudies