Liée au compositeur polonais Krzysztof Penderecki par une amitié de longue date, la pianiste lituanienne Mūza Rubackytė vient d’enregistrer son Concerto pour piano « Résurrection ». Cette partition magistrale, puissante et tourmentée, réunit, pour cet enregistrement de concert, la pianiste et le Lithuanian National Symphony Orchestra sous la direction de Keri-Lynn Wilson.
Figure majeure du paysage culturel lituanien, ancienne enfant prodige révélée notamment par le concours Liszt de Budapest, Mūza Rubackyté consacre le présent album à Krzysztof Penderecki. L’on y retrouve le Concerto pour piano « Résurrection » du compositeur polonais ainsi qu’une transcription pour piano de sa Ciaconna dédiée à la mémoire de Jean-Paul II. L’enregistrement de ce Concerto représente pour la pianiste une sorte d’hommage au compositeur avec lequel elle avait tissé des liens amicaux et artistiques privilégiés au cours des années, depuis leur rencontre en 2003 au cours d’un concert commun. Dans l’intéressant livret qui accompagne l’album CD, la pianiste raconte la réponse du compositeur à sa question concernant la rareté des pièces pour piano dans son catalogue : « Tu sais, composer pour le piano, dans le pays de Chopin… » !
Cette partition est née lors des attentats du 11 septembre 2001. Krzysztof Penderecki, choqué par toutes ces destructions, a voulu écrire un concerto autour de cet événement. Profondément croyant, le compositeur a tout d’abord voulu que cette œuvre débouche sur un espoir, d’où son titre, « Résurrection », en référence à la Symphonie n° 2 de Gustav Mahler.
Les dix mouvements enchaînés de ce concerto alternent les atmosphères contrastées. Le dialogue entre le piano et l’orchestre se révèle d‘une grande richesse expressive. L’enregistrement en concert maintient tout au long de sa progression une tension palpable et émouvante. La qualité du jeu coloré de la soliste trouve dans l’orchestre une beauté des timbres de haut niveau. Le huitième mouvement, Andante maestoso, prend l’allure d’une apothéose avec le déroulement du choral, cellule de base de cette composition, avec l’intervention frappante de cloches rédemptrices. Le final, Adagio, a été recomposé par Penderecki afin de lui restituer le caractère d’un cataclysme, mais un cataclysme maîtrisé.
En complément, Mūza Rubackytė offre l’arrangement pour piano de la « Ciaccona in memoriam Giovanni Paolo II », composée en hommage au Pape Jean-Paul II. Il s’agit là de la transcription pour piano seul, arrangée par Stanislaw Deja, de la version pour cordes de l’Agnus Dei du Requiem polonais de Penderecki. La pianiste en révèle la nostalgie douloureuse, l’inquiétude qui, parfois, n’est pas sans évoquer l’écriture de Chopin.
Ce bel album constitue une révélation de première importance.
Serge Chauzy
Label : Evidence Classics – evidenceclassis.com
Référence : 5051083221443
