Disques

John Adams, tradition et nouveauté

Parmi les fortes personnalités de la musique américaine d’aujourd’hui qualifiée de « répétitive ou minimaliste », John Adams occupe une place particulière. Moins « systématique » que ses confrères, Steve Reich, Philip Glass ou Terry Riley, le compositeur de Nixon in China s’est peu à peu éloigné de ce courant contemporain. Il adopte dans ses œuvres des styles très divers, marqués par une grande science de l’orchestration. Son concerto pour violon, qui date de 1993, appartient à la période propice à la création d’un ensemble d’œuvres instrumentales originales.

L’écriture de ce concerto a débuté en 1992. Le compositeur caractérise sa structure de manière originale : « J’avais l’image d’une forme d’onde très régulière, se répétant lentement, une vague en escalier qui monte et descend… » Il ajoute : « La ligne mélodiques soliste flotte de manière très libre, rhapsodique. » Ce nouvel enregistrement met en évidence le mélange étonnant chez John Adams entre une forme héritée du passé et un style novateur d’écriture qui réalise une sorte de synthèse entre les diverses tendances de cette fin du XXème siècle.

La violoniste canadienne Leila Josefowicz endosse avec superbe le rôle de soliste. Elle imprime une volonté musicale largement différenciée tout au long des trois mouvements traditionnels de la partition. David Robertson, à la tête du St. Louis Symphony, lui ménage un écrin de toute beauté.

Le premier volet, intitulé Quarter-note = 78 (ou La noire à 78) s’ouvre sur une entrée mystérieuse du violon solo. Son aspect nettement rhapsodique témoigne d’un lyrisme chaleureux. La soliste ne se prive pas de briller dans les passages virtuoses. Le mouvement central qui s’enchaîne sans rupture, comme une chaconne apaisée, évoque un monde onirique et nostalgique, non exempt de menace. Son titre en définit le caractère et la poésie : Chaconne : Body through which the dream flows (Corps à travers lequel coule le rêve). Le final, Toccare, se réfère explicitement au monde baroque. Il s’ouvre sur une agitation presque obsessionnelle évoquant les mouvements perpétuels caractéristiques de la mouvance « répétitive ». La conclusion surprend comme des points de suspension ! Brillant et acéré, le jeu de Leila Josefowicz se coule avec naturel dans cette partition pleine de fantaisie que l’orchestre habille de ses couleurs vives.

Seul petit bémol, la brièveté de ce CD d’à peine 33 minutes et 8 secondes qui aurait bien pu contenir d’autres pièces de John Adams. En outre, la pâle couleur du texte du livret (en anglais) n’en facilite pas la lecture. Détails que tout cela… L’œuvre et son interprétation valent néanmoins son acquisition.

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