Voici une publication particulièrement bienvenue à la veille des fêtes de Noël. Cette parution de l’ensemble de cuivres anciens de Toulouse Les Sacqueboutiers ouvre de nouvelles perspectives sur la diffusion du vaste répertoire des musiques anciennes. Les musiciens toulousains s’associent cette fois au splendide Ensemble Clément Janequin dirigé par Dominique Visse, avec lequel ils ont tissé des liens étroits depuis de nombreuses années.
Ils ont conçu ce programme musical comme un itinéraire cohérent à travers le foisonnant recueil intitulé « Grandes et inévitables chroniques de l’énorme géant Gargantua », du moine médecin François Rabelais. Cet enregistrement a été réalisé à la suite de la présentation publique de ce programme lors des « Rencontres des musiques anciennes en Midi-Pyrénées2009 » organisées par Odyssud, scène conventionnée de Blagnac, en Haute-Garonne. Il mêle habilement des textes de Rabelais, mais aussi de Louise Labé, Joachim du Bellay, ou encore Clément Marot, à un florilège de pièces vocales et instrumentales de la Renaissance illustrant l’itinéraire rabelaisien. L’auditeur en parcourt ainsi les épisodes essentiels, de la naissance du génial géant jusqu’à la fondation de la fameuse abbaye de Thélème. Les thèmes initiateurs d’un humanisme « Renaissance » convoquent ainsi des poèmes et des musiques d’un foisonnement éblouissant.

 
Un appétit et une soif inextinguible de vitalité irriguent ce parcours, illustrant les tourments d’amour, la chasse, la danse, la guerre, jusqu’à la découverte de la sagesse humaniste incarnée dans cette devise ultime « Fays ce que vouldras ». Le récitant, qui n’est autre que Vincent Bouchot, baryton des Janequin, s’empare de ces poèmes, les faits siens, les anime de sa flamme et de sa gourmandise, les déclame d’une langue savoureuse obéissant à la pratique du vieux français de l’époque.

Les chansons, entonnées avec une prodigieuse énergie par les Janequin, s’organisent autour des deux piliers incontournables que sont « La chasse » et « La guerre », précisément de Clément Janequin. Dominique Visse, contre-ténor, Hugues Primard, ténor, Vincent Bouchot et François Fauché, barytons, Renaud Delaigue, basse, composent cet ensemble prestigieux, devenu l’interprète incontournable de ce répertoire. Les aboiements des chiens, les pétarades des armes n’effraient pas ces valeureux interprètes. Néanmoins, il faut de nouveau louer ici la cohésion rythmique, la précision d’une diction habilement reconstituée, l’infinie justesse de ces voix mêlées qui nourrissent leurs interprétations. Les Janequin s’approprient les œuvres qu’ils chantent avec un naturel désarmant et en révèlent toutes les beautés. Aux débauches gaillardes, parfois même carrément scatologiques, signées Lejeune, Sermisy, Bataille ou Costeley, les chanteurs et les musiciens opposent la poésie bouleversante d’émotion et de finesse de Lassus ou de Bertrand. « La nuict froide et sombre » du premier, « Je vis, je meurs », du second tirent les larmes.

Les musiciens ne sont d’ailleurs pas en reste. Les Sacqueboutiers, autrement dit Jean-Pierre Canihac, cornet à bouquin, Philippe Canguillem, chalémie et doulcène, Daniel Lassalle, saqueboute, Laurent Le Chenadec, basson, Florent Tisseyre, percussions et Yasuko Uyama-Bouvard, orgue et clavecin, enluminent les chants de leurs broderies raffinées et pourtant d’une belle opulence. Le subtil contrepoint avec les voix se nourrit du talent de chacun. Les pièces instrumentales du célèbre éditeur Pierre Attaingnant, dont l’éblouissant « Tourdion », qui illustrent brillamment l’épisode consacré à la danse, sont ainsi admirablement jouées, phrasées avec une science et une musicalité extrêmes. Soulignons l’excellence de la présentation de cet album, un beau livre-disque abondamment documenté et illustré. Un vrai bonheur !

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