Disques

Bach et les autres

Pianiste aussi discret que profondément musicien, David Bismuth avance dans son accomplissement d’artiste avec la force tranquille de celui qui ne cherche pas le succès à tout prix. Après deux très beaux albums en miroir particulièrement originaux, l’un consacré à Fauré et à Franck, l’autre à Debussy et à Dukas, le voici dans un programme dédié à J. S. Bach décliné à travers quelques unes des nombreuses transcriptions ou évocations que son œuvre immense a suscitées.

 

Liszt, Saint-Saëns, Kempff, Busoni, Siloti figurent en bonne place aux côtés de partitions inspirées à Schumann et à Villa-Lobos par le compositeur lui-même. Et puis on découvre avec bonheur le beau travail de Karol Beffa sur l’aria « Erbarme dich mein Gott » extrait de la passion selon Saint-Matthieu : c’est une profonde émotion qui préside à l’évocation de cette bouleversante prière revisitée par le compositeur en résidence auprès de l’Orchestre du Capitole.

Une totale réussite du transcripteur comme de l’interprète.

Voici un piano parfaitement maîtrisé, d’une clarté limpide, un piano qui met en avant la lisibilité des textes explorés. La sensibilité du pianiste placée au service de chaque partition lui dicte une riche palette de timbres et de couleurs. A la manière d’un organiste qui choisit ses registrations en fonction du caractère de chaque œuvre abordée, David Bismuth différentie son jeu à l’extrême tout au long des onze plages de son album. La profondeur polyphonique de Liszt et ses sonorités de carillon dans le prélude, la sobre intériorité de la fugue, la solennité de Saint-Saëns, la fulgurance de Schumann s’opposent ainsi à l’intimité avec laquelle Kempff dialogue avec Bach. De l’ampleur monumentale de la fameuse transcription de la chaconne signée Busoni au tropicalisme rythmé de l’aria revisité par Villa-Lobos en passant par le mouvement perpétuel animé par Siloti, la diversité est au rendez-vous.

Bach vu par ses successeurs, une perspective parfaitement dessinée par David Bismuth.

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