Danse

Une Mégère, vous avez dit?

Après « Roméo et Juliette », c’est au tour de « La Mégère Apprivoisée » d’entrer au répertoire du Ballet du Capitole. Shakespeare et John Cranko à nouveau réunis, mais cette fois-ci dans un registre bien différent, le chorégraphe renouant avec la tradition anglaise des ballets du temps de Noël. Il est toujours malaisé de chorégraphier une ouvre théâtrale mais, ici, John Cranko a su doser, dans un parfait équilibre, danse et pantomime. Cependant, il est incontestable que ce ballet est un ballet de solistes. En effet, la chorégraphie des ensembles, conventionnelle et somme toute assez banale, nous a paru éteindre la verve habituelle du corps de ballet. Restent les solistes ! Juliana Bastos, d’une blondeur inattendue, campe une Bianca pleine de charme avec de grands moments comme son pas de deux au bras de Vincent Gros (Lucentio) toujours aussi élégant et attentif à sa partenaire. Autour d’eux papillonnent un Minh Pham irrésistible de drôlerie en amoureux transi, roi de la maladresse et Davit Galstyan, dandy avant l’heure, qui nous prouve que, en plus de ses réelles qualités de danseur, il possède aussi un solide talent de comédien.
Mais les deux éléments les plus étonnants de cette soirée sont bien les héros de cette fable : Katharina – María Gutiérrez et Petruchio-Breno Bittencourt. Oubliés les grandes envolées lyriques de « Giselle » ou les émerveillements de « Casse Noisette ».

Nous voici face à deux grands comédiens, passées maîtres dans l’art de la démesure shakespearienne. Maria est une parfaite mégère, emportée, irascible, se dressant sur ses pointes comme un coq sur ses ergots, éclairant soudain ses mimiques grimacières d’un ravissant sourire.

Maria Gutierrez et Breno Bittencourt

Quand à Breno Bittencourt, véritable roi de la fête, il se joue de la chorégraphie démoniaque de John Cranko avec une aisance diabolique dans les sauts et les tours. Et que dire des portés où le chorégraphe s’ingénie à compliquer à l’extrême la tâche des danseurs, pour, au final, nous donner une image éblouissante d’équilibre et de légèreté. Et c’est médusé que le spectateur contemple ce duel où les deux artistes rivalisent d’énergie, d’humour, et de talent ! Et les applaudissements qui résonnèrent longtemps dans la salle, prouvent, s’il en est besoin, le plaisir que nous procura ce spectacle.

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