Danse

LA SYLPHIDE :  L’INSAISISSABLE LÉGÈRETÉ DE L’ÊTRE  

La Sylphide Acte 2 © David Herreo

La Sylphide – Acte 2 – ©David Herrero

C’est avec La Sylphide que le Ballet National du Capitole ouvre sa saison 2023-2024, sous la toute nouvelle direction de Béate Vollack. Mais pour ce ballet, les danseurs du Capitole étaient guidés par la référence absolue du style Bournonville : Dinna Bjørn, l’une des rares spécialistes du chorégraphe danois, distinguée dans le monde du ballet aujourd’hui et reconnue comme telle.

Et les danseurs du Capitole ont fort bien assimilé toutes les subtilités de cette chorégraphie. Les deux représentations auxquelles nous avons pu assister (27 et 28 octobre 2023) l’ont excellemment démontré. Dès l’ouverture du rideau la magie opère. L’arrivée de James et Effie enfants dans un tourbillon de pistil de pissenlits qui volètent autour d’eux (remarquable vidéo que l’on doit à Santiago Traïd), l’apparition de la Sylphide en contrepoint, l’attitude du petit James, perdu dans un rêve qui le coupe du monde réel, la solide réalité d’Effie, tout ceci préfigure, en quelques brèves minutes le déroulement de l’action.

La Sylphide – Acte 1- ©David Herrero

Nous nous retrouvons ensuite dans une jolie pièce dont les murs à claire-voie rythment le fond de scène. La Sylphide danse joyeusement autour de James endormi, avant que celui-ci, éveillé, tente vainement d’attraper ce rêve ennuagé de tulle, avant qu’il ne disparaisse dans le rougeoiement de la cheminée. Entre alors l’ensemble du corps de ballet, venu préparer les noces de James et d’Effie. Ce qui donne lieu à des danses enlevées, parfaitement réglées. Les danseurs interprètent ces danses de caractères dans le plus pur style Bournonville. Les costumes de Ramon Yvars, dans des tons sourds de vert, de rouge, de brun, illuminés de jaune et de blanc, font de ces scènes de véritables tableaux, dignes de Brueghel l’Ancien, la touche écossaise étant donné par les carreaux des différents tartans. Au-delà de ces ensembles, ce premier acte donne lieu également à des solos et des pas deux des différents protagonistes : la Sylphide, James, Effie et Gurn, amoureux transi d’Effie. Et l’on retrouve avec eux tout ce qui fait les caractéristiques du style Bournonville : petite et grande batterie, épaulement, placement des bras, et surtout légèreté et moelleux dans les réceptions. Et n’oublions pas la pantomime, si chère au danois.

Gurn était dansé tour à tour par Kleber Rebello et Simon Catonnet. Kleber Rebello campe un amoureux un peu sombre face au bonheur d’Effie dans les bras de James, son humeur s’éclaire lorsqu’il contemple tendrement la jeune fille.  Sa technique, elle, est sans faille : musicalité, sauts aériens et moelleux des réceptions, tout y est. Simon Catonnet quant à lui, interprète un Gurn plus enjoué, bien qu’agacé par le bonheur affiché par Effie. Sa danse est, elle aussi, impeccable comme habituellement chez ce danseur.

La Sylphide – Acte 1 – Kleber Rebello ©David Herrero

A Tiphaine Prévost et Nina Queiroz revenait le rôle d’Effie. On retrouve avec Tiphaine Prévot toutes les qualités dont elle fait preuve tout au long de sa carrière : justesse de la technique, pointes assurées, musicalité, élévation, à quoi s’ajoute ici un réel sens de la pantomime et elle passe de la joie au désespoir avec la même aisance. Nina Queiroz n’est pas en reste. Elle virevolte , éblouissant par son sourire ses partenaires et le public, sans pour autant oublier la danse d’une belle précision. Au gré des distributions, on les retrouve au deuxième acte en vaporeuses sylphides aussi à l’aise dans les danses de caractères que dans le style plus classique du ballet blanc, dont elles déclinent la grammaire à la perfection. Autour d’elles, le corps de ballet est à l’unisson nous donnant à voir des ensembles parfaitement en place. Et quel plaisir de voir ces êtres vaporeux si physiquement semblables aux Willis et si profondément différentes par la joie qui les animes. Notons également la prestation des deux Premières Sylphides Marlen Fuerte Castro majestueuse, d’une impressionnante présence (on ne peut que penser à Myrtha !) et Sofia Caminiti, elle aussi irréprochable dans son exécution.

La Sylphide – Acte 2 – Sofia Caminiti – ©David Herrero

A l’opposé de ce rôle on retrouvait Marlen Fuerte Castro dans le personnage maléfique et colérique de Madge où, là aussi, elle excelle dans cet exercice de pantomime, même si la grâce de ses bras oblitère parfois son emportement face à James. Et comment ne pas souligner l’extraordinaire prestation de Jeremy Leydier dans ce même emploi. Sa haute stature ployant sous le poids des ans de la vieille sorcière, il est terrifiant, irascible et hargneux à souhait, sa présence et son charisme envahissant toute la scène. Reste les héros du ballet : James et la Sylphide. Nous avons pu voir deux des trois distributions proposées par le Capitole. Natalia de Froberville avait pour partenaire Ramiro Gómez Samón, et Kayo Nakazato, Philippe Solano. La blondeur de Natalia, sa fraîcheur et son sourire laissait augurer une belle Sylphide et ce fut le cas, aérienne, mutine ou poupée désarticulée à la fin de l’acte 2, elle incarne son personnage avec beaucoup de vérité. Peut-être peut-on trouver quelques accents russes parfois, ou des pointes un peu sonores, mais l’ensemble nous régale. A ses côtés Ramiro Gómez Samón est un James idéal. Parfaitement à l’aise dans sa pantomime, il passe du jeu fiévreux de l’amoureux de l’insaisissable Sylphide, aux doutes face à la douce Effie ; de la joie des premiers émois dans la forêt au désespoir d’avoir causé la mort de sa précieuse sylphide . Quant à sa technique, que dire que nous n’ayons pas dit déjà de ce danseur ! Son ballon, ses sauts, sa petite et grande batterie, tout est parfaitement réalisé

La Sylphide – Acte 1 – Natalia de Froberville – Ramiro Gomez Samon – ©david Herrero

Dans le même rôle Philippe Solano a lui aussi été un magnifique James. Sa technique de haute volée fait merveille dans la chorégraphie de Bournonville dont il a su saisir toutes les subtilités. Il donne, par ses dons de mime, une lecture extrêmement claire des sentiments qui animent le jeune écossais. Voilà un rôle absolument fait pour lui et qu’il défend avec un admirable talent. Une future étoile, peut-être ?

Sa partenaire, Kayo Nakazato, quant à elle a su admirablement saisir l’évanescente personnalité de son personnage. Ses sauts silencieux, le moelleux de ses réceptions, la qualité de sa batterie, rapide, précise dans les petits pas si caractéristiques du style Bournonville, sa légèreté (point n’est besoin pour elle d’envolées mécaniques dans les cintres !), sa casi apesanteur, en font une Sylphide idéale. Et au-delà de la danse, elle incarne avec un naturel, une intensité tous les sentiments qui traversent cet être irréel.

La Sylphide – Acte 1 – Kayo Nakazato – Philippe Solano -©David Herrero

Nul doute que la nouvelle Directrice de la Danse aura pu constater la richesse de cette compagnie dont elle a désormais la charge et qu’elle a pu côtoyer au plus près lors de la représentation du 27 octobre. En effet, Solène Monnereau qui interprétait Anna, la mère de James, souffrante n’a pu monter sur scène ce soir-là. Unique distribution dans ce rôle, elle n’avait donc pas de « remplaçante ». Ce qui nous a valu de pouvoir découvrir Béate Vollack sur scène, remplaçant « au pied levé » sa danseuse.

Pour ce spectacle qui aura conquis le public, si l’on en croît les longues minutes d’ovation à la fin du ballet, l’Orchestre National du Capitole était placé sous la direction énergique du chef italo-allemand Luciano Di Martino. Le ballet classique, n’en déplaise à certains n’est pas près de mourir lorsqu’il est défendu par une compagnie de cette qualité comme l’est le Ballet National du Capitole.

                                                                               Annie Rodriguez

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