Danse

Dawson – Forsythe – Godani

Le corps en jeu, tel est le titre choisi pour cette soirée de ballet où les corps des danseurs jouent avec les équilibres, la déconstruction, la vitesse, les envols. Le maître William Forsythe revient à la Halle aux Grains, entouré de deux de ses héritiers David Dawson et Jacopo Godani.

A Million Kisses to my Skin – María Gutiérrez, Ramiro Salmón © David Herrero

A Million Kisses to my Skin

C’est sur le Concerto pour piano n°1 en ré mineur de Jean Sébastien Bach, que David Dawson a chorégraphié un ballet qui est un hymne à la joie de danser, qui détourne les codes du ballet classique pour jouer sur la prouesse technique, les déséquilibres et l’asymétrie. L’hyper-vélocité des danseurs, les sauts, les jetés, les arabesques à la limite de la rupture en font une œuvre qui coupe le souffle aux spectateurs. Si l’on peut retrouver chez le chorégraphe anglais des réminiscences certaines de Forsythe, son style n’en reste pas moins très personnel, fait de passion, d’émotion et de liberté physique. Les neufs danseurs qui occupent l’espace volent littéralement. Si le talent et la superbe technicité de María Gutiérrez, Juliette Thélin, Julie Charlet (éblouissantes toutes les trois), Davit Galstyan et Demian Vargas ne sont plus à démontrer, les « jeunes » de la troupe ne sont pas en reste ! Natalia de Froberville s’affirme de spectacle en spectacle comme une des valeurs très sures du ballet par son élégance et ses grandes qualités techniques. Il en va de même pour Ramiro Salmón dont nous avons déjà pu apprécier la science de la danse. Une belle surprise nous vient d’une toute nouvelle venue, Éléa Rousse Geneix, qui nous a donné à voir une danse extrêmement « propre », pleine de charme et de promesse.

Vertiginous Thrill of Exactitude – Tiphaine Prévost © David Herrero

The Vertiginous Thrill of Exactitude

L’Allegro Vivace de la Symphonie n°9 de Schubert sert d’écrin au ballet du maître Forsythe. Ici aussi on retrouve cet hommage à l’écriture classique d’un Petipa ou à celle néoclassique d’un Balanchine, si ce n’est qu’il prend parfois une allure de parodie. Le rythme diabolique de la musique sert une chorégraphie à la limite de l’équilibre où sauts, pirouettes, tous les ingrédients de la virtuosité s’enchaînent. Et les danseurs démontrent une fois de plus la grande maîtrise technique qui est la leur, associée à beaucoup de lyrisme et de musicalité. Scilla Calafesta et Natalia de Froberville, qui se succédaient dans les distributions, en étaient les excellents exemples. Tiphaine Prévost, lumineuse, s’affirme, elle aussi, avec force tout au long des saisons, réalisant ici une prestation d’un très haut niveau.

Il en va de même pour Philippe Solano, étincelant de technique, Matthew Astley et bien sûr Davit Galstyan.

A.U.R.A. – Jackson Carrol, Martin Arroyos © David Herrero

A.U.R.A.

Jacopo Godani, qui a succédé à William Forsythe, son maître, à la direction artistique de la Dresden Frankfurt Dance Company, nous revenait avec son ballet A.U.R.A. Anarchist Unit Related to Art. Un ballet où règne la distorsion des corps, où les danseurs font preuve d’un engagement physique incroyable. Le jeu des lumières très travaillé, met en exergue ces lignes brisées que dessinent l’oblique des jambes, la cassure des poignets, dans les éclairs éblouissants des néons auxquels succède le noir le plus absolu. La musique électroacoustique du groupe 48nord semble galvaniser les danseurs, parmi lesquels Solène Monereau, Eukene Abad ou encore Martin Arroyos émergent dans cette obscurité étincelante ou cette lumière obscure selon ce que peuvent ressentir les spectateurs.

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