Danse

Cendrillon sous les sunlights

Dorothée Gilbert (Cendrillon) et Hugo Marchand (l’Acteur-vedette) - Crédit photo : Yonathan Kellerman
Dorothée Gilbert (Cendrillon) et Hugo Marchand (l’Acteur-vedette) - Crédit photo : Yonathan Kellerman

Voir ou revoir cette magnifique version du conte de Charles Perrault, créée par Rudolf Noureev pour l’Opéra de Paris en 1986, est toujours un même et véritable bonheur. Ici point de petites souris malicieuses ni de chat infernal, le décorateur Petrika Ionesco et la costumière Hanae Mori installent l’action dans l’âge d’or d’Hollywood, vers les années 30 du siècle dernier.
Cendrillon travaille dur dans le bar que tient son alcoolique de père, pendant que sa seconde épouse et les deux filles que cette dernière a eues d’un premier mariage se contentent de faire de la couture. Arrive un homme blessé, certainement à la suite d’un accident de voiture. Seule Cendrillon prendra soin de lui. En fait il s’agit d’un producteur de cinéma. C’est bien sûr lui la Marraine du conte. Il aura tôt fait d’emmener Cendrillon sur le tournage d’un film, décelant chez elle un vrai talent de star. C’est là qu’elle croisera le regard, un temps distant, d’un Acteur-vedette, le Prince auquel toutes les jeunes filles rêvent. Une étoile peut naître.

Dorothée Gilbert (Cendrillon) et Hugo Marchand (l’Acteur-vedette)

– Crédit photo : Yonathan Kellerman –

C’est de retour d’exil que Serge Prokofiev écrit cette Cendrillon, en plein conflit mondial. Elle ne sera créée au Bolchoï, pour des raisons évidentes, qu’en 1945. Cette partition lui vaudra le Prix d’Etat, sommet de reconnaissance en URSS à cette époque. Le compositeur veut une musique « dansable », c’est pour cela que s’enchaînent, selon une facture classique, pas de deux, adages, valses, mazurkas, même une pavane, etc. L’ambition du musicien est de porter au firmament la volonté de réaliser un rêve. Sur ce thème, il est difficile de trouver meilleur chemin que celui de la Cité des Anges. La transposition du conte dans le monde du 7ème art est d’une cohérence absolue et d’une intelligence éblouissante.

Ce soir, c’est l’Orchestre Pasdeloup qui officie dans la fosse de Bastille sous la direction d’un expert en matière de Cendrillon, comme en matière de ballet en général, le maître Vello Pähn, toujours aussi précis, musical et attentif devant une partition qu’il a dirigée à maintes reprises.

Duo d’Etoiles

Nommée Etoile en 2007, Dorothée Gilbert est l’une des valeurs les plus sûres de cette troupe. Elle connaît bien cet ouvrage pour avoir déjà dansé, outre le rôle-titre, de nombreux autres personnages de ce ballet. L’on ne sait qu’admirer de plus dans l’élégance, l’humanité, la féminité et aussi la virtuosité tout sauf ostentatoire de sa Cendrillon. Les pires difficultés techniques semblent s’évanouir devant un tel talent. La grâce à l’état pur. C’est cela le grand art.

Hugo Marchand (l’Acteur-vedette) – Crédit photo : Yonathan Kellerman –

A ses côtés, autre Etoile charismatique de l’Opéra de Paris, Hugo Marchand incarne un Acteur-vedette tour à tour distant puis impressionné, pour finalement tomber amoureux de Cendrillon. Ce danseur n’a pas atteint le grade suprême en 2017, à 25 ans, par hasard. Ses élévations, sa souplesse, sa dynamique ainsi que sa maîtrise des figures les plus complexes, sans oublier l’émotion qu’il sait dégager, le rendent parfaitement légitime. Inutile de préciser ici que le Pas de deux final est porté sur des sommets. Mais ce ballet c’est aussi une multitude de rôles solistes. Avec un aplomb et une vis comica étourdissants, deux autres Etoiles se « disputent » les rôles des deux sœurs : rien moins que Valentine Colasante et Emilie Cosette. Excusez du peu ! A vrai dire, Aurélien Houette (Sujet) ne leur cède en rien dans le rôle désopilant de la Marâtre, pointes d’acier comprises ! François Alu (Premier Danseur) dans le rôle du Producteur, Daniel Stokes (Sujet) dans celui du Professeur de danse et Francesco Mura (Sujet), véritable zébulon tourbillonnant dans le rôle de l’Assistant, complètent au plus haut niveau une distribution digne de notre première scène. Les nombreux rappels au rideau final sont aussi à l’attention d’un Corps de ballet, ici particulièrement sollicité et toujours aussi époustouflant de rigueur et de discipline, que ce soit dans le Défilé de mode, la Tournée des cabarets ou encore la « danse » des heures. Bien sûr c’est dans leur ADN, mais tout de même, quelle perfection !

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