C’est une aventure unique que pourrons vivre les amateurs de danse contemporaine pour cette fin de saison .
On ne présente plus Carolyn Carlson qui se définit comme artiste nomade et poète, et qui au terme « chorégraphie » préfère celui de « poésie visuelle ». Américaine de naissance, elle obtient la nationalité française en 2019. Sa rencontre avec Alwin Nikolais sera déterminante dans sa conception du mouvement de la lumière et de la musique. Elle le suit à New York, puis dans les années 70 elle arrive en France et intègre la compagnie d’Anne Béranger. Viendra après l’Opéra de Paris et le GRTOP (Groupe de Recherche Théâtrale de l’Opéra de Paris). Ce cadre permet à Carolyn Carlson de se consacrer à un travail expérimental au sein de l’Opéra ; travail qui participe à l’essor de la Nouvelle danse française.
Mais la voyageuse repart bientôt. En Finlande, tout d’abord, puis en Italie où elle est en résidence à la Fenice, puis de nouveau en Finlande. Hambourg, Paris, Venise, et Paris encore où en 1997 elle crée, pour l’Opéra de Paris Signes, ballet dansé par les étoiles Marie-Claude Pietragalla et Kader Belarbi. Elle fonde ensuite l’Atelier de Paris-Carolyn Carlson et en 2005 elle prend la direction du Centre Chorégraphique National de Roubaix. Enfin en 2014, elle fonde sa propre compagnie : la Carolyn Carlson Company.
Venue à Toulouse en 2024 présenter deux de ses ballets If to leave is to remember et Wind Women , son travail avec la troupe toulousaine l’enthousiasmée. Elle, qui n’a créé des pièces longues que pour sa propre Compagnie, revient donc à Toulouse pour une création mondiale avec les danseurs du Capitole.
L’inspiration, le travail de Carolyn Carlson, depuis maintenant plus de cinquante ans, se fonde sur un ensemble qui repose sur la danse, la peinture et la poésie. Ce Saut dans le Bleu se veut un poème visuel inspiré par les peintres Félix Vallotton et Gerhard Richter.
La chorégraphe définit ainsi l’intention de ce ballet : « Un Saut dans le bleu est un poème visuel en neuf séquences, une plongée artistique dans l’ironie et la folie de la condition humaine. L’art de bondir hors de soi-même dans l’âme du monde. à où les feux brûlent de l’intérieur, dévoués à la sagesse spirituelle en mouvement, aux visions et aux pouvoirs imaginatifs de l’esprit créatif. Là où aucune langue ne peut s’ exprimer…Une présence primordiale de l’Âme où l’imagination vit entre le visible et l’invisible.Se confronter les uns aux autres dans le mouvement perpétuel de l’Amour… par-delà le sommet, dans des actes désintéressés de compassion.

Cette œuvre est divisée en neuf séquences :
1- Fleurs d’amour et de perte
2- Rêves et cauchemars
3- Oser sauter avec courage
4- Oser plonger dans l’obscurité de conséquences inconnues
5- Une porte ouverte pour poser le premier pas d’un cheminement – l’ironie d’agir de manière inattendue avec liberté d’esprit
6- Appels à la prise de conscience en tapant des pieds dans le noyau brûlant de la Terre
7- Parcourir l’horizon de l’âge dans les temps futurs
8- Réflexions au-delà de soi. Sauvagerie depuis le commencement des temps dans la psyché humaine – survie des tués et des innocents. Actions violentes de l’humanité en question
9- Dénuement d’être humain dans un monde de souffrance, colère, compassion, joie et larmes dans un même souffle, révélant de mystérieux pouvoirs d’émerveillement.
Comme à l’accoutumé Carolyn Carlson ne fera pas un ballet narratif : « Je travaille avec la poésie, et la poésie est ouverte. Je laisse le public s’abandonner à sa propre imagination, à ses propres expériences. Je n’explique pas : ce que l’on voit, c’est ce que l’on reçoit. »
De la même manière, si la chorégraphe a, au départ une visions d’ensemble, elle travaille en parfaite osmose avec les danseurs, leur demandant souvent d’improviser, nourrissant ainsi son œuvre de leur créativité. Les idées jaillissent, puis on les ordonne. Et cette créativité, cette spontanéité, elle l’a trouvé, dit-elle, chez les danseurs du Ballet du Capitole. Au-delà de la création chorégraphique, Carolyn Carlson conçoit également les costumes, les décors et la lumière. Cet univers visuel lui a été inspiré par deux peintres : Félix Valloton pour la simplicité et la couleur et Gerhard Richter pour l’abstraction et le travail des matières.
Cette création sera portée par une partition originale de Pierre Le Bourgeois qui a déjà composé pour la danse, notamment pour Philippe Decouflé , et sera interprétée par l’Orchestre national du Capitole qui sera, pour l’occasion, uniquement constitué de cordes : des violoncelles, des violons auxquels s’ajoutera un accordéon. Le compositeur lui-même jouera du violoncelle et dirigera l’orchestre. C’est, dit-il, une pièce sur mesure, née de l’improvisation et du talent singulier de chaque danseur. Une plongée dans une aventure où danse, musique et peinture fusionnent.
Annie Rodriguez
Halle aux Grains de Toulouse : 12, 13, 16, 17 juin 20h
14 juin 15h
Réservations : www.opera.toulouse.fr
+33 (0)5 61 63 13 13
