Le 20ème anniversaire de la fondation de la Maîtrise de Toulouse rencontre cette année le 40ème anniversaire de celle de l’Orchestre Les Passions. Cette conjonction a donné lieu à une exceptionnelle représentation conjointe de la Passion selon Saint-Jean de Johann Sebastian Bach, chef-d’œuvre universel. Cet événement musical de première importance a enthousiasmé les nombreux spectateurs, éblouis par son haut niveau musical.
Dirigée depuis 2006 par son fondateur, le chef anglo-français Mark Opstad, la Maîtrise du Conservatoire de Toulouse propose un enseignement musical spécialisé qui donne vie à un ensemble vocal d’excellence aujourd’hui reconnu comme l’une des maîtrises phares en Europe. Pour la célébration de de son 20ème anniversaire, le chœur au complet s’est donc associé à l’Orchestre les Passions que dirige depuis quarante années Jean-Marc Andrieu (présent ce soir-là comme l’un des chanteurs du chœur !), ainsi qu’à un ensemble de solistes vocaux de grande qualité.

La Passion selon Saint-Jean de Bach constitue l’apogée d’une très ancienne tradition remontant au Moyen Âge. Elle prend musicalement la forme d’un oratorio pour chœur, solistes et orchestre.
Cette célébration toulousaine des 21 et 22 mars derniers a réuni les talents les plus accomplis que l’on puisse espérer. Dès les premières mesures du chœur d’entrée, l’émotion est à son comble. Tout au long de l’œuvre, cet ensemble vocal assume avec intensité son double rôle. D’une part, il ponctue de chorals apaisés le cheminement de cette marche vers la crucifixion du Christ. D’autre part, ce même chœur participe, comme un personnage, au déroulement dramatique de l’action. Admirons la subtilité avec laquelle chacune de ces deux faces est caractérisée par la direction précise et raffinée de Mark Opstad qui obtient de ses chanteurs précision, justesse et équilibre des registres.

Le maître d’œuvre vocal de ce cheminement dramatique est incontestablement l’Evangéliste. L’incarnation de Cyrille Dubois stupéfie par la beauté musicale de son interprétation, par son intensité expressive, la virtuosité de son chant mise au service de la musique. Sa parfaite élocution permet une compréhension profonde du texte et de sa traduction vocale. La gamme infinie des nuances qu’il déploie lui permet de s’adapter intensément à chaque situation. Sa vocalisation désolée sur les larmes de Pierre, sa colère exprimée lors de l’épisode de Barrabas constituent deux des grands moments les plus émouvants de sa prestation. La gorge de l’auditeur se serre à maintes reprises… Signalons de plus que Cyrille Dubois se charge également des airs de ténor qu’il délivre ici avec un extrême raffinement, alors que souvent ils sont chantés par un autre intervenant !
Parmi les autres personnages de l’œuvre, la basse Pierre-Yves Cras chante avec noblesse les interventions de Jésus. Marius Vidal, qui interprète Pilate, et Jean-Christophe Lanièce complètent ce beau trio de basses. La lumineuse soprano Lisa Chaib-Auriol et l’alto Lucile Rentz, chargée de l’air bouleversant « Es ist vollbracht », incarnent les voix claires des fidèles. Quelques membres du chœur participent vaillamment à quelques interventions épisodiques.

Dès les dernières notes du choral final, une acclamation unanime salue légitimement cette prestation exceptionnelle. On constate donc, une fois de plus, l’art raffiné que Mark Opstad met au service d’une écriture musicale complexe et élaborée qui n’a pas d’équivalent dans l’art de la composition.
Ce n’est en rien une découverte, mais La Passion selon Saint-Jean place Johann Sebastian Bach sur les sommets de l’art musical !
Serge Chauzy
