Concerts

Tout feu tout flamme !

L'Orchestre national du Capitole dirigé par Markus Poschner - Photo Classictoulouse

Le 16 janvier dernier, l’Orchestre national du Capitole invitait pour la première fois le chef allemand Markus Poschner. Le soliste de la soirée n’était autre que le violoniste américain Chad Hoopes qui était reçu, quant à lui, pour la quatrième fois à Toulouse. Un programme musical contrasté mêlant création et romantisme germanique a reçu une ovation enthousiaste de la part d’un public nombreux et conquis.

Rappelons que Markus Poschner a été chef principal de l’Orchestre de chambre géorgien d’Ingolstadt, puis Kapellmeister au Komische Oper Berlin. En 2004, il a été lauréat du prix allemand de la direction d’orchestre avant d’être, de 2007 à 2017, Generalmusikdirektor de la ville de Brême. Il se produit notamment à la tête de la Staatskapelle de Dresde, de l’Orchestre symphonique de Bamberg, de l’Orchestre symphonique de Vienne, de l’Orchestre symphonique métropolitain de Tokyo, à l’Opéra de Francfort et à l’Opéra de Zurich.

Son premier concert toulousain s’ouvre sur une création française. Celle d’une partition nouvelle de la compositrice lituanienne Raminta Šerkšnytė, née en 1975, qui a reçu deux fois le prix de la meilleure partition de chambre de l’Union des compositeurs lituaniens. Sa partition créée à Toulouse a pour titre évocateur : Midsummer Song – Chant du solstice d’été. Elle est écrite pour un orchestre à cordes et quelques percussion discrètes.

La compositrice lituanienne Raminta Šerkšnytė et le chef Markus Poschner – Photo Classictoulouse

Construite en arche, l’œuvre émerge du silence pour y revenir après un crescendo d’une richesse poétique touchante. Les thèmes et les harmonies associées évoluent dans un contexte d’une fluidité remarquable. Comment ne pas évoquer une parenté avec l’une des grandes œuvres des débuts de la seconde Ecole de Vienne, La Nuit Transfigurée, d’Arnold Schönberg ? Une même subtilité des accords, les sonorités mêlées des pupitres de cordes se retrouvent ici avec néanmoins une personnalité expressive spécifique. Chaque pupitre de l’orchestre donne le meilleur sous la direction stimulante du chef. Un grand silence prolonge le pianissimo de fin de la partition qui reçoit un bel accueil de la part du public. La compositrice Raminta Šerkšnytė, présente ce soir-là, est chaleureusement applaudie ainsi que les interprètes.

L’un des grands concertos du romantisme germanique est ensuite jouée par le grand violoniste invité. Chad Hoopes aborde ce Concerto pour violon et orchestre n° 2 de Felix Mendelssohn avec un jeu d’une intensité impressionnante. Dès les premières mesures de l’Allegro molto appassionato, soliste et orchestre soulignent l’animation vibrante, le lyrisme volontaire de l’écriture. Les échanges entre partenaires se pratiquent au plus haut niveau, d’égal à égal. Poésie et vigueur font ici bon ménage. La cadence offerte par Mendelssohn à son soliste de l’époque, Ferdinand David, est ici transcendée par Chad Hoopes qui lui confère une grandeur épique.

Chad Hoopes, soliste du Concerto pour violon et orchestre n° 2 de Felix Mendelssohn – Photo Classictoulouse

L’Andante qui s’enchaîne sans interruption évoque ici un chant nostalgique dans lequel le soliste développe un sens extrême des nuances dynamiques et une recherche des phrasés les plus raffinés. Le final éclate comme une libération lumineuse. Le violon et l’orchestre semblent se défier avec une exubérance joyeuse.

L’ovation qui salue cette exécution obtient du soliste un bis d’un tout autre style musical. Chad Hoopes interprète la Fantaisie n° 10 de Georg Philipp Telemann qu’il déclame avec une ferveur profondément musicale.

La seconde partie du concert est consacrée à la Symphonie n° 4 en mi mineur de Johannes Brahms. Dirigeant sans partition, Markus Poschner s’investit dans cet ultime opus symphonique du compositeur avec une ferveur qu’accompagne une gestique particulièrement expressive. Sa direction passionnée obtient de l’orchestre un déploiement sonore plein de relief. Une opulence lyrique généreuse caractérise l’élan rythmique de l’Allegro non troppo initial. La gamme des nuances dynamiques n’a pas de limite. L’apparente sérénité de l’Andante moderato, avec ses pizzicati mesurés, s’accompagne d’une ardeur sous-jacente. La vivacité du tempo et les contrastes du court Scherzo (Allegro giocoso) débouchent sur l’architecture particulièrement élaborée de l’Allegro energico e passionato. Le chef construit ce mouvement final avec une sorte de boulimie irrésistible. Ce recours de Brahms à la technique « baroque » de la variation sur un thème récurrent, atteint ci un paroxysme éblouissant. L’apothéose finale recueille encore une ovation générale !

Le chef d’orchestre invité Markus Poschner au salut – Photo Classictoulouse

Si le chef félicite un à un les solistes et les pupitres de l’orchestre, les musiciens adressent leurs remerciements chaleureux au chef invité dont ils ont visiblement apprécié le travail accompli !

Serge Chauzy

Programme du concert

R. Šerkšnytė : Midsummer Song – Chant du solstice d’été (création française)

F. Mendelssohn : Concerto pour violon n°2 en mi mineur

J. Brahms : Symphonie n°4 en mi mineur

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