Concerts

Tendre Schubert

Invités de la saison des Grands Interprètes, les Musiciens du Louvres Grenoble et leur fondateur Marc Minkowski étaient à Toulouse le 29 février. Le programme de la soirée réunissait les deux dernières symphonies de Schubert, intitulées « Inachevée » et « La Grande », et renumérotées respectivement 7ème et 8ème par la New Schubert Edition – Urtext.
Selon un commentateur iconoclaste et insensible, Schubert aurait composé deux symphonies dont « l’une est inachevée et l’autre interminable » ! Le concert du 29 février apporte la preuve de l’inanité d’un tel mot d’esprit. La succession de ces deux partitions démontre la diversité, la profondeur, la sensibilité extrême de cet immense compositeur, hanté par les grands thèmes du romantisme, comme la nostalgie, la solitude, la communion avec la nature, le désespoir…

Les Musiciens du Louvres-Grenoble salués par leur directeur-fondateur Marc Minkowski

– Photo Classictoulouse –

Afin de ne pas engager la soirée sur le pessimisme angoissé de la célèbre « Inachevée », Marc Minkowski décide d’ouvrir le concert sur le mouvement vif de la première des symphonies de Schubert dont précisément l’orchestre réalise en ce moment l’enregistrement discographique de l’intégrale. Cet Allegro vivace, guilleret, parcouru d’échanges joyeux entre cordes et bois, donne le ton, la couleur de l’exécution, par cette belle formation orchestrale sur instruments « d’époque », de cette musique d’un jeune homme de seize ans. Cordes en boyau, trompettes et cors naturels, bois… en bois, timbales classiques, et même une sacqueboute dans le pupitre des trombones, confèrent à la phalange ce fruité incomparable, cette douceur, ce velouté qui conviennent si bien à la musique de Schubert.

De la symphonie n° 7, donc, « Inachevée », Marc Minkowski fait un chant de douleur. Les tempi retenus, les contrastes dynamiques bien présents, la réalisation de pianissimi à la limite de l’audible entraînent l’auditeur dans les profondeurs de la souffrance. Les contrechants, comme cet ineffable phrase de violoncelle qui accompagne de premier motif de l’Andante con moto, émergent clairement du tutti. La transparence de la structure allège la trame orchestrale qui laisse ainsi s’exprimer chaque individualité dans un propos qui s’apparente directement à la musique de chambre.

Avec la 8ème et dernière des symphonies (toujours dans la nouvelle numérotation), celle que le compositeur n’a jamais entendue et que le généreux Mendelssohn a créée quelques onze années après la mort de Schubert, l’auditeur s’invite à un long voyage, un « Sommerreise » (Voyage d’été) instrumental, comme en miroir du « Winterreise » destiné, lui, à la voix humaine. Le soleil émerge peu à peu des brumes évoquées par ce choral mystérieux des quatre cors à l’unisson qui ouvre le mouvement initial. Marc Minkowski évite le piège des contrastes excessifs de tempo. La partition déroule sa démarche avec un naturel souriant. L’Andante con moto prend l’allure d’une promenade pastorale alors que le Scherzo, avec son Trio puissamment rythmé, n’est pas sans évoquer ici la fête paysanne de la « Pastorale » beethovénienne. L’Allegro vivace final conclut cet ultime chef-d’œuvre dans la jubilation, si rare chez Schubert. L’orchestre y déploie sa ferveur et le chatoiement de ses coloris dignes d’un pastel.

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