Concerts

Sulfurique l’opéra ?

C’est bien connu, qui aime bien châtie bien ! La pétulante compagnie baptisée « Acide lyrique » le sait bien qui explore le monde de l’opéra avec impertinence et savoir faire amoureux. Judicieusement invités par Alain Lacroix, les quatre compères qui la composent faisaient escale à l’Espace Croix-Baragnon le temps de deux soirées de folie douce, les 17 et 18 décembre derniers, consacrées à ce monde bien particulier qu’à l’évidence ils adorent.

La « prima donna » de la compagnie, Stéphanie Barreau, arbore un faux air de la jeune Josiane Balasko, un caractère en acier trempé et aborde tous les répertoires lyriques imaginables.

Les artistes de la compagnie

Acide Lyrique (© P. Nin)

Le ténor « vraiment léger » (autoqualifié ainsi !), Omar Benallal, témoigne de tendances irrésistibles au travestissement et le « baryton profond » Benoît Duc s’éclate aussi bien dans Wagner que dans les chansons de Dave. Quant au pianiste accompagnateur, Stéphane Delinkac, il combat tant bien que mal son angoisse endémique en mêlant sa voix de pseudo-haute-contre au concert de ses collègues.

Cette fine équipe excelle dans tous les répertoires, s’attaque à tous les « tubes » lyriques, les digère, les détourne allègrement, passant sans transition de Purcell (le fameux « Air du froid » de l’opéra King Arthur) à Debussy. La séquence de parodie de Pelléas et Mélisande explose toutes les limites.

Les longs cheveux de la frêle héroïne (qui pèse ici son bon quintal de sucrerie) recouvrent totalement son Pelléas amoureux, vite déçu par l’embonpoint de sa partenaire.

La séquence « opéra baroque » pousse le délire à débiter Wagner au clavecin. Un Wagner dont la Tétralogie fromagère se compose notamment de « La Vache qui Rit » et du « Caprice des Dieux »…

Benoît Duc et Stéphanie Barreau

dans une évocation

égypto-verdienne (© Acide lyrique)

Et puis, le fameux « Casta Diva » devient dans la bouche agressive des collègues masculins de la prima donna « Casse-toi Diva ! » Les incantations des « Carmina Burana » de Carl Orff dévient vers le jazz puis vers un Rigoletto de fête foraine. Enfin l’exécution (capitale !) d’un opéra égyptien de Verdi, une sorte d’esquisse récemment découverte de sa célèbre Aïda, brise les dernières limites de la décence, pour s’achever sur un massacre général à coup de révolver.

Virtuoses du changement de costumes aussi ébouriffants que bien ciblés, les quatre compères réjouissent un public hilare qui, à l’évidence, connaît bien son répertoire lyrique pour en apprécier les détournements blasphématoires. Le spectacle, intitulé « Opus à l’oreille », tourne dans la région. N’hésitez pas à vous y précipiter s’il passe à votre portée !

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