Concerts

Simple et beau

C’est dans un grand éclat de rire ironique, sarcastique que s’est ouvert le concert du 23 octobre dernier donné par l’Orchestre du Capitole dirigé par Tugan Sokhiev, avec en violon soliste Akiko Suwanaï.

Akiko Suwanaï, soliste du concerto pour violon de Brahms (Crédit photo – Universal Music / Kiyotaka Saïto)

Tugan Sokhiev, Directeur musical

de l’Orchestre du Capitole (Crédit photo – Patrice Nin)

Sokhiev et ses musiciens ont su, avec virtuosité et habileté, faire passer toute l’ambiguïté de cette « Ouverture festive » de Dimitri Chostakovitch. En effet, œuvre de commande et de circonstance du régime soviétique pour célébrer le 37ème anniversaire de la révolution d’Octobre, elle est loin de ce qui aurait pu être triomphe et ostentation. Comme pour la 9ème symphonie plus tard, le compositeur a voulu en faire une caricature de joie. Les cuivres (superbes) clament leurs sarcasmes, les bois (fruités et lumineux) ponctuent de leurs caquetages les épanchements lyriques et menaçants des cordes (quel merveilleux quatuor). Belle entreprise de démolition!

C’est à Akiko Suwanaï de porter jusqu’à l’incandescence le chant de l’âme fraternelle et nostalgique de Brahms. Symphonie déguisée, le concerto pour violon et orchestre en ré majeur trouve en la jeune violoniste japonaise une interprète sensible, passionnée, hautaine et pudique. Le son est large, puissant, les phrasés au léger vibrato revêtent élégance et simplicité, sans aucune sollicitation. Le dialogue qui s’établit entre les musiciens et la soliste dans un climat chambriste, pas seulement dans l’adagio, hors du temps, mais dans toute l’œuvre, ajoute un caractère particulièrement chaleureux, dans un rougeoiement de fin d’automne.

Les « 14 Variations Enigma » d’Edward Elgar, 14 portraits musicaux, donnent l’occasion à l’orchestre de faire valoir sa virtuosité, sa ductilité, sa beauté sonore. Quant à Tugan Sokhiev, peintre émérite, il démontre une fois de plus sa rigueur, ses dons de coloriste et de graphiste. Il maîtrise les grands épanchements mélodiques et l’architecture serrée et acérée des rythmes (un bon point aux percussions et notamment à la caisse claire et son léger crépitement). Portraits colorés ne négligeant ni les ombres ni les lumières, ni les dégradés. Oui, simple et beau !

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