Concerts

Schumann symphonique avec Frank Beermann

Frank Beermann à la tête de l'Orchestre national du Capitole - Photo Classictoulouse

A la tête de l’Orchestre national du Capitole, Frank Beermann a investi un monde symphonique qui lui est familier. Les 10 et 11 avril derniers, à la Halle aux Grains, le grand chef allemand a dirigé les quatre symphonies de Robert Schumann. Ce grand moment en deux volets a attiré et séduit un public heureux de cette initiative.

Le concert du 10 avril

Cette soirée initiale s’ouvre sur une présentation orale passionnante du chef invité lui-même. Frank Beermann, expert en la matière, déroule ses commentaires, comme une sorte de portrait du compositeur qui le passionne. S’adressant au public en anglais, ses propos sont traduits simultanément, et avec talent, par la violoncelliste de l’orchestre, Fanny Spangaro qu’il convient de remercier.

Le chef rappelle notamment la chronologie de la composition des quatre symphonies de Robert Schumann. Contrairement à ce que suggère son numéro, la Symphonie n° 4 dont l’exécution ce soir-là suit celle de la 1ère, a été conçue la même année 1841. Sa numérotation provient du fait qu’elle a été révisée dix ans plus tard avant d’être publiée ! Comme le commente Frank Beermann, le contenu expressif de chaque ouvrage reste très lié à l’état psychique du compositeur dont on sait qu’il a peu à peu évolué vers la folie.

Frank Beermann présentant le concert – Photo Classictoulouse

La Symphonie n° 1, intitulée « Le Printemps », ouvre le concert du 10 avril. La fanfare de cuivres qui annonce « L’éveil », titre du premier mouvement, caractérise l’esprit joyeux de cette entrée en matière que la direction du chef souligne avec vigueur. Le Larghetto qui suit, initialement intitulé « Le Soir », évoque la douce profondeur d’une méditation. Après les contrastes du Scherzo, animé de l’esprit de la danse, le final, Allegro animato e grazioso, renoue avec la joie débridée du début.

La Symphonie n° 4 (donc la 2ème composée) obéit à un tout autre esprit. Elle s’ouvre sur une solennité d’une certaine vigueur. Frank Beermann y organise, dès le deuxième volet une série d’échanges nostalgiques entre plusieurs solos instrumentaux. Ainsi, dans cet esprit, le violon succède au hautbois. L’énergie rythmique du Scherzo conduit à une transition impressionnante vers le final. Ce passage résonne comme une lente et émouvante montée vers la lumière. Soulignons le rôle important joué par les pupitres de cuivres et surtout celui des trombones, aux sonorités riches et imposantes.

Acclamée par le public, cette interprétation donne lieu à de fervents remerciements adressés par le chef à chaque pupitre et à chaque soliste. Réciproquement, les musiciens manifestent à leur chef leur plus chaleureuse gratitude.

Le concert du 11 avril

La Symphonie n° 2 ouvre cette deuxième rencontre schumannienne. Considérée comme un acte de guérison, cette œuvre n’en traduit pas moins les angoisses du compositeur devant ses problèmes de santé. Le choral de cuivres qui débute le premier volet de la partition introduit un élément de mystère que tente de dissiper l’animation apportée par les vents de la petite harmonie. Les couleurs de l’orchestre sont habilement sollicitées par la direction. La fébrilité du Scherzo – allegro vivace passe des cordes aux bois avec une virtuosité impressionnante des jeux instrumentaux. L’Adagio espressivo apporte la détente d’un lyrisme apaisé. On admire une fois encore la beauté des interventions du hautbois suivies de celles, virtuoses, du pupitre de cors, particulièrement sollicité tout au long de ce mouvement. Le final Allegro molto vivace prend des allures de victoire. La vigueur soutenue par la direction traduit l’hommage affiché explicitement par Schumann à sa chère épouse Clara. Les dernières mesures explosent de vitalité.

L’Orchestre national du Capitole dirigé par Frank Beermann – Photo Classictoulouse

La Symphonie n° 3, en mi bémol majeur, la plus célèbre des quatre, conclut ce cycle remarquable. Sous-titrée « Reinische » (Rhénane) cette partition lumineuse en cinq mouvements est donc dédiée au grand fleuve de la mythologie germanique. Ce même fleuve dans lequel le compositeur se jettera quelques années plus tard.

Les premières mesures du Lebhaft initial résonnent comme une houle irrésistible. Une fois encore, les cors apportent les couleurs d’un certain héroïsme. La démarche paisible du Scherzo reçoit les contributions lumineuses des vents : hautbois, flûte, clarinette… L’Intermezzo, noté Nicht schnell (Pas vite), s’écoute comme une douce confidence.

Le quatrième mouvement, Andante, est une évocation explicite de la monumentale Cathédrale de Cologne. La solennité de l’écriture met en valeur les caractéristiques colorées de l’orchestre toulousain, parfaitement équilibrées par la direction du chef. Cette transition solennelle conduit à un Finale d’une effervescence joyeuse.

Une ovation chaleureuse accueille cette belle performance ainsi que l’ensemble de cette intégrale. Une rareté dont la vie musicale toulousaine peut s’enorgueillir !

Serge Chauzy

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