Concerts

Renaissance des Nations

L’effervescence musicale, depuis la Renaissance jusqu’à l’époque baroque, a touché tous les grands pays d’Europe. Le bel ensemble « La Chapelle Rhénane », basé à Strasbourg, carrefour européen s’il en est, possède une légitimité particulière pour illustrer le fil conducteur qui relie des compositeurs pourtant issus de cultures différentes. Le 10 février dernier, à l’invitation de l’association « Les Arts Renaissants », les cordes de « La Chapelle Rhénane » étaient associées à la soprano Tanya Aspelmeier et au ténor Benoît Haller, fondateur et directeur musical de l’ensemble, dans un programme particulièrement significatif à cet égard.

« La Chapelle Rhénane » en concert dans le salon rouge du Musée des Augustins de Toulouse, sous la direction du ténor Benoît Haller et avec la participation de la soprano Tanya Aspelmeier (Photo Classictoulouse)

S’inspirant de la sensualité poétique du Cantique des Cantiques, ce programme plonge ses racines dans l’œuvre de celui que l’on peut considérer comme le père fondateur d’une véritable révolution musicale, le grand Claudio Monteverdi. Son « Confitebor », qui ouvre cette soirée toulousaine, place très haut la barre musicale. Ornementation créative, modulations savoureuses et souvent inattendues, s’intègrent à un discours parfaitement construit. Tanya Aspelmeier projette avec vigueur son timbre clair et pointu de soprano, vocalisant sans effort, alors que la voix chaude de Benoît Haller flirte avec le registre virtuose de haute-contre à la française. Le duo de violons, constitué de Guillaume Humprecht et Clémence Schaming, brode un savant contrepoint, dialoguant élégamment avec les voix que soutient un beau trio de basse continue, François Joubert-Caillet, viole de gambe, Ulrik-Gaston Larsen, théorbe et Elisabeth Geiger, clavecin.

Il est ainsi aisé de goûter la filiation de cette musique avec celle, notamment, de Heinrich Schütz, cet homme du nord, venu à Venise recueillir les enseignements de Giovanni Gabrieli et… de Claudio Monteverdi. Deux des « Symphoniae Sacrae » de celui qui fut baptisé « Le Sagittaire » allient science et expression. Ferveur chaleureuse de « Herr, unser Herrscher », splendeur polyphonique de « Verleih uns Frieden ». La touchante tendresse de l’Amen de ce dernier motet doit aussi beaucoup aux interprètes particulièrement inspirés.

L’émotion imprègne également la complainte « The plaint » extraite de « The Fairy Queen », de Henry Purcell, délicieusement déclamée par Tanya Aspelmeier qui prend ici les accents de la déploration de Didon dans le « Didon et Enée » du même compositeur. Nicolas Bruhns et Dietrich Buxtehude, avec le jubilatoire « Jauchzet dem Herren alle Welt », du premier, et le très orné « Quemadmodum desiderat cervus », du second, complètent la contribution germanique à ce beau voyage à travers l’Europe.

Enfin, ce sont les quatre saisons du très français Marc-Antoine Charpentier, ici bien inspiré par l’Italie, qui balisent ce parcours : quatre courts motets évocateurs des humeurs affectives liées aux saisons qui passent, et qui associent les deux voix à une riche basse continue. La prononciation du latin « à la française », très judicieusement utilisée ici par les interprètes, confère une saveur particulière à ces pièces.

Notons l’excellente idée qui affecte un solo à chacun des membres de cette section. Ainsi, la viole introduit la nostalgie de l’air de Purcell, le théorbe le très virtuose motet de Buxtehude et le clavecin la première des « Symphoniae Sacrae » de Schütz.

Chanté et joué en bis, le court motet d’André Campra, « Tota pulchra es », complète le programme. Un grand merci à « La Chapelle Rhénane » pour cette belle immersion dans un répertoire d’une éblouissante richesse.

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