Concerts

Musiques en famille, du cosmos au néant

L'Orchestre national du Capitole dirigé par Joseph Swensen - Photo Classictoulouse -

Le retour du chef d’orchestre, violoniste et compositeur américain Joseph Swensen à la tête de l’Orchestre national du Capitole prolonge encore les liens solides qu’il a tissés avec les musiciens toulousains. Le 9 novembre dernier, Jonathan Swensen le fils violoncelliste du chef, participait cette fois à la nouvelle rencontre, ainsi que le violoniste super soliste de l’Orchestre Kristi Gjezi. Deux chefs-d’œuvre emblématiques de Johannes Brahms et Piotr Illich Tchaïkovski suivaient une création de Camille Pépin.

Joseph Swensen possède un charisme, un enthousiasme, une sensibilité qui génèrent des interprétations à la fois personnelles et passionnées. Une Halle aux Grains pleine à craquer accueillait le nouveau programme de son concert toulousain du 9 novembre.

Il est réconfortant de constater qu’un artiste de cette envergure s’intéresse à la création contemporaine autant qu’aux chefs-d’œuvre du passé. C’est ainsi qu’il a choisi d’ouvrir le concert avec une pièce symphonique d’une jeune compositrice née à Amiens en 1990, Camille Pépin. Nommée compositrice de l’année aux Victoires de la Musique Classique2020, Camille Pépin a étudié au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris où elle a obtenu cinq premiers prix (orchestration, analyse, harmonie, contrepoint, fugue et formes). Elle a également travaillé avec les compositeurs Thierry Escaich, Guillaume Connesson et Marc-André Dalbavie. Comme l’évoque sa partition créée à Toulouse, son style de musique se situe au carrefour de l’impressionnisme français et du courant répétitif américain. Sous le titre mystérieux de Laniakea, qui signifie « Paradis céleste incommensurable » en hawaïen, cette belle épopée musicale est qualifiée par sa compositrice de « fresque cosmique ». Inspirée du « superamas » de galaxies éponyme dans lequel gravite la Voie lactée, Laniakea est une commande de l’Orchestre National de Lyon qui l’a créée le 16 mai 2019. Faisant appel à toutes les ressources colorées de l’orchestre, toute la pièce est traversée d’une pulsation constante, une vibration organique qui n’est pas sans rappeler certaines pièces de John Adams ou de Steve Reich. L’orchestration rutilante suggère un déploiement de couleurs « cosmiques » telles que les a pratiquées Gustav Holst dans ses célèbres « Planètes ». L’orchestre et le chef déploient avec brio l’effervescence que contient cette musique.

Kristi Gjezi et Jonathan Swensen, dirigés par Joseph Swensen dans le double concerto de Brahms – Photo Classictoulouse –

Le double concerto pour violon, violoncelle et orchestre en la mineur de Brahms est ensuite abordé avec panache par deux solistes et un orchestre dirigé avec fougue par Joseph Swensen. Son fils, le violoncelliste Jonathan Swensen dialogue d’égal à égal avec le violon de Kristi Gjezi, les deux solistes luttant ensemble contre un orchestre partenaire mais bouillonnant. Chacun d’eux « se bat » avec ses propres caractéristiques. Jonathan Swensen déploie un jeu généreux et passionné, alors que Kristi Gjezi manifeste une belle sonorité et un phrasé acéré et vif mais habité d’une sensibilité profonde. Dès l’Allegro initial, les deux sonorités s’opposent ou se fondent avec une remarquable musicalité. Le beau lyrisme de l’Andante génère et prolonge l’ample respiration des thèmes mêlés. Et c’est avec un héroïsme vigoureux que se développe le Vivace non troppo final, enrichi de courses irrésistibles. Le succès est à la mesure de la performance.

Joseph Swensen au salut – Photo Classictoulouse –

L’ultime symphonie de Tchaïkovski, la sixième, intitulée « Pathétique » suivant la suggestion de Modeste, le frère du compositeur, anime et embrase toute la seconde partie de la soirée. Les caractéristiques particulières de cette dernière symphonie liée à la disparition du compositeur sont soulignées avec intensité par la direction de Joseph Swensen. L’introduction de l’Adagio initial jette une ombre tragique sur toute l’œuvre. L’angoisse, la désolation même imprègnent tout ce mouvement, comme habité de lourds silences. La sérénité momentanée de l’Allegro con grazia ne masque pas longtemps le caractère tragique de l’œuvre tout entière. L’agitation, la fièvre, la menace explosent véritablement sous la direction du chef avec l’Allegro molto vivace qui provoque une salve d’applaudissements prématurés. Il faut un certain temps d’apaisement pour que s’ouvre enfin la dernière étape de cette marche vers le néant que constitue l’Adagio lamentoso final. Le lyrisme désespéré de ce final touche au plus profond de soi. La dernière séquence glisse peu à peu vers le silence de la mort. Un silence qui se prolonge dans la salle comme un profond recueillement.

L’ovation du public est à la hauteur de l’émotion ressentie.

Signalons enfin que ce concert a été placé sous le signe d’un hommage rendu à François Laurent, grand musicien récemment disparu. Comme l’a rappelé au début du concert avec émotion et sensibilité Sandrine Tilly, actuelle flûte solo de l’Orchestre, François Laurent occupa pendant plus de quarante ans ce même poste avec le talent et la générosité que l’on sait. Cette disparition affecte tout le milieu musical toulousain. Nous nous associons à cet hommage.

Serge Chauzy

Programme du concert donné le 9 novembre 2023 à la Halle aux Grains de Toulouse

  • Camille Pépin : Laniakea
  • Johannes Brahms : Double concerto pour violon, violoncelle et orchestre
  • Piotr Illich Tchaïkovski : Symphonie n° 6 « Pathétique »

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