Concerts

Mozart superstar

La fascination que l’enfant miracle de Salzbourg exerce sur chacun de nous opère plus que jamais. En témoigne la ferveur avec laquelle le public se pressait dans une Halle aux Grains pleine à craquer lors du concert du 15 janvier dernier consacré précisément à… Mozart. La déception de tout ceux qui n’ont pu entrer faute de place faisait peine à voir. Tugan Sokhiev et l’Orchestre national du Capitole en formation réduite (celle que l’on qualifie d’ailleurs de « formation Mozart ») offraient ainsi une belle démonstration d’ardeur musicale au service d’un répertoire symphonique finalement moins couramment visité que la notoriété du compositeur ne le laisserait supposer.

L’interprétation de cette musique d’apparence simple et évidente pose souvent d’insolubles problèmes aux artistes. Comme le proclamait le grand pianiste Artur Schnabel : « Mozart est trop facile pour les enfants, trop difficile pour les adultes. » Conserver son esprit d’enfant devrait donc aider à lui rendre justice. C’est probablement ce qu’ont su simplement réaliser les acteurs de ce concert délicieux.

Tugan Sokhiev dirige l’Orchestre national du Capitole lors du concert Mozart du

15 janvier 2011
@ Classictoulouse

Tout au long de ce programme, la direction de Tugan Sokhiev tire le meilleur parti d’un orchestre lumineux, allégé mais consistant, précis mais sans raideur aucune, dégageant ainsi toute la lisibilité nécessaire d’une polyphonie riche et subtile. L’utilisation des petites timbales classiques, à l’impact haut perché, et surtout la modération du vibrato des cordes contribuent à la réalisation de cette belle transparence.

L’ouverture de « L’Enlèvement au Sérail », qui débute la soirée, est un vrai régal mêlant candeur naïve et pastiche orientalisant. Tugan Sokhiev, sans insister sur la « turquerie » instrumentale, joue habilement sur le contraste entre l’effervescence initiale et la nostalgie de la partie centrale évocatrice des inquiétudes du jeune héros de l’opéra, Belmonte. La musique coule avec un naturel et une fluidité qui évoquent un sourire.

La symphonie n° 41, en ut majeur, la dernière composée par Mozart et baptisée « Jupiter » de manière apocryphe pour illustrer son caractère de noblesse triomphale, est jouée en seconde partie. La perfection de sa forme et de son expression en font un modèle de la symphonie classique. Tugan Sokhiev en conçoit le développement comme une célébration de la « victoire de la lumière sur les ténèbres ». Dès les premiers accents péremptoires de l’Allegro vivace initial, son exécution tend irrésistiblement vers le Molto allegro final, véritable et éblouissante jubilation. La majesté n’emprunte jamais les voies de la solennité empesée. Le discours reste libre et souple, l’Andante cantabile célèbre très justement le chant, le Menuetto et son subtil trio illustrent la danse avec finesse. Enfin le vaste développement contrapuntique du final prend les proportions d’un portique radieux, solaire. Le bonheur en marche !

Le pianiste autrichien Till Fellner soliste du concerto n° 23 de Mozart @ Classictoulouse

Le jeune pianiste viennois Till Fellner est ce soir-là le soliste du merveilleux concerto n° 23 pour piano et orchestre, l’un des plus raffinés de Mozart. Ce brillant élève d’Alfred Brendel a su se forger une personnalité attachante qui s’épanouit tout particulièrement dans le répertoire mozartien. Après la splendide introduction orchestrale que lui ménage la phalange toulousaine, les premières mesures du piano donnent le ton. Le jeu de Till Fellner, d’un naturel confondant respecte la simplicité apparente de la ligne mélodique dont il orne joliment les méandres, tout en laissant affleurer d’insondables sous-entendus. Une chaleureuse complicité, étonnante de profondeur, entre le soliste et l’orchestre, s’établit comme par miracle, soutenue par un parfait équilibre des plans sonores. Les échanges fusent avec une grâce souriante, notamment entre les vents et le piano. L’écriture particulièrement élaborée de la petite harmonie fait ici merveille. La profondeur émouvante de l’Adagio (tendresse extrême sans mièvrerie), la joie raffinée et délicate du final bénéficient de cette discussion permanente entre musiciens, comme un jeu de questions-réponses qui anime toute l’exécution.

L’ovation qui salue cette performance obtient du pianiste un bis un peu décalé, l’interprétation néanmoins très intériorisée du « Lac de Walenstadt » extrait de la première des « Années de Pèlerinage » de Franz Liszt.

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