Concerts

Mozart sourire

La saison des Grands Interprètes vient de se clore sur une belle soirée consacrée à Mozart. A priori, rien de surprenant. Pourtant, il est rare de pouvoir assister, au cours du même concert, à un concerto pour violon et à un concerto pour piano. Autre cadeau offert au public, le retour à Toulouse des deux artistes attachants que sont Augustin Dumay et Maria João Pires. L’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, dirigé par le violoniste lui-même, accompagnait les deux solistes.

Le violoniste Augustin Dumay, soliste et chef de l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie – Photo Classictoulouse –

Le 22 juin, c’est donc à Mozart qu’il revenait de fêter, avec un jour de retard, la fête de la musique. Né d’une grande tradition musicale, notamment celle de la grande école de violon franco-belge, l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie a été fondé en 1958 par la violoniste Lola Bobesco. Le plus ancien orchestre de chambre de Belgique, frappé du sceau royal, bénéficie depuis 2003, de la dynamique et de la renommée de son Directeur musical et Chef principal, Augustin Dumay. Ses riches sonorités, chaleureuses et opulentes, confèrent à la symphonie n° 29, en la majeur, occupant toute la seconde partie de la soirée, un attrait tout particulier. La direction d’Augustin Dumay fouille cette partition de jeunesse avec une vitalité, une vigueur et un sens aigu des nuances. Il en souligne en particulier les contrastes dynamiques, ménageant ici ou là un crescendo ou un diminuendo expressifs. Il joue avec esprit sur les échos et les échanges entre pupitres, les vents, cors et hautbois, jetant quelques beaux défis aux cordes. Le très bel Adagietto de L’Arlésienne, de Georges Bizet, comme une préfiguration d’un autre Adagietto célèbre signé Gustav Mahler, est généreusement offert en bis.

La première partie du concert s’ouvrait sur le très beau concerto pour violon et orchestre n° 3 en sol majeur. Une partition riche et sensible qui ne se contente pas de développer le style galant alors en vogue à Salzbourg. La belle opulence sonore de l’orchestre trouve en Augustin Dumay un chef volontaire, mais aussi un soliste au timbre solaire et à la technique parfaite. A la vigueur de l’Allegro, agrémenté d’une cadence virtuose, succède un Adagio rêveur d’une profonde sensibilité. Le violoniste sait en préserver l’intimité doucement lyrique. Enfin, le Rondo final, plein d’esprit et de relief déroule ses variations avec finesse jusqu’à ses dernières mesures inattendues, comme suspendues entre ciel et terre.

La pianiste Maria João Pires, soliste du concerto « Jeunehomme » de Mozart

– Photo Classictoulouse –

Le premier concerto pour piano et orchestre publié par Mozart n’est autre que ce n° 9 en mi bémol majeur, improprement sous-titré « Jeunehomme », alors qu’il est dédié à une certaine demoiselle Jeunamy, pianiste de son état, admirée du jeune compositeur pour ses qualités de soliste. Cette partition admirable qui rompt avec les conventions de l’époque est ce soir-là prise en main par la très grande Maria João Pires. Le retour à Toulouse, après quelques années d’absence, de la pianiste portugaise est une vraie bénédiction. Quelle artiste ! Il suffit qu’elle pose ses (petites) mains sur le clavier pour qu’un miracle se produise. Il émane de son jeu une lumière particulière. Son toucher sensible, comme souriant, révèle chaque phrase avec une innocence, un naturel, une évidence qui font penser : « Mais bien sûr, voici la vérité ! » Même si la vérité n’existe probablement pas en matière de musique. La fluidité de son jeu, la finesse de son expression sont sans limite. Même si chacun des trois mouvements de cette partition possède sa particularité, l’unité de l’œuvre est admirablement préservée. L’interprétation de la pianiste défie toutes les analyses. Et la joie qui imprègne le Rondo final est de celles qui font naître ce « sourire à travers les larmes » si souvent évoqué à propos de Mozart.

Fasciné par ce cadeau, le public obtient des deux solistes un bis étonnant, une Sicilienne pour violon et piano d’une musicienne admirée de Mozart, la pianiste aveugle Maria Theresia von Paradis. Comme un rêve qui prolonge la soirée.

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