Concerts

Mozart revisité

Le Chœur et l'Orchestre du Bach Collegium Japan, sous la direction de Masato Suzuki - Photo Classictoulouse -

Célèbre et apprécié pour ses interprétations de la musique du Cantor de Leipzig, le Bach Collegium Japan, sous la direction de Masato Suzuki, consacrait à Mozart son concert toulousain du 24 janvier dernier. Autour du Requiem de l’enfant de Salzbourg, figurait au programme l’une de ses plus célèbres symphonies et son bref Ave verum corpus.

Fondé en 1990 par Masaaki Suzuki, son directeur musical, le Bach Collegium Japan (BCJ) s’est donné comme but de faire découvrir au public japonais de grandes œuvres de la période baroque. Composé à la fois d’un orchestre d’instruments d’époque et d’un chœur, l’ensemble était donc l’invité, pour la deuxième fois, de la saison des Grands Interprètes.

Dirigé par Masato Suzuki, le fils du fondateur, l’ensemble réunit ce soir-là une trentaine de musiciens et une vingtaine de choristes. Le concert s’ouvre sur la fameuse Symphonie n° 40 en sol mineur jouée, comme il se doit, sur instruments anciens. La clarté qui émane de cette belle exécution bénéficie d’une transparence des divers registres, d’un équilibre remarquable entre les pupitres. Contrairement à la tradition romantique de jeu qui a longtemps favorisé les cordes (parfois qualifiées de « moquette » !), les vents sont ici très présents. On admire en particulier la virtuosité et la finesse du pupitre de cors. A l’inquiétude et aux contrastes dynamiques de l’Allegro initial succèdent le raffinement de l’Andante, la vivacité rythmique du Menuetto et enfin une lecture acérée de l’Allegro assai.

Le chef d’orchestre Masato Suzuki – Photo Classictoulouse –

Le chœur et les quatre chanteurs solistes se joignent à l’ensemble instrumental pour l’exécution très attendue du Requiem. Les qualités vocales de ce chœur constituent probablement son attrait principal. La beauté des timbres, l’équilibre des registres, l’agilité des vocalises, la netteté de la diction s’avèrent du plus haut niveau.

En outre, il faut préciser que la version adoptée par le Bach Collegium Japan n’est autre que celle remaniée par Masato Suzuki lui-même. On se souvient en effet que Mozart n’a pas pu achever cette ultime partition. Plusieurs versions ont été élaborées pour la compléter, comme cela est habilement détaillé dans le programme de salle. Outre le complément dû à l’élève de Mozart Franz Xaver Süssmayr, le plus fréquemment utilisé, il existe la contribution de Sigismund Neukomm, élève de Joseph Haydn, effectuée dans le cadre d’une visite à Rio de Janeiro. D’où son nom de « version brésilienne » !

Nous écoutons ce soir la révision menée par Masato Suzuki lui-même qui prend en compte les résultats des plus récentes recherches musicologiques. Elle se traduit par quelques ajustements instrumentaux, comme l’intervention du trombone dans le Tuba mirum ou l’introduction d’une courte fugue entre le Lacrimosa (un pur moment de bonheur !) et le Domine Jesu. A l’écoute, ces ajustements s’intègrent parfaitement dans le discours général.

On admire les interventions solistes de la soprano Carolyn Sampson, aussi bien timbrées que nuancées. Les autres contributions vocales, celles de la mezzo-soprano Marianne Beate Kielland et du ténor Shimon Yoshida manquent parfois de projection. Quant à celle du baryton-basse Dominik Wörner, elle pâtit d’un timbre insuffisamment sombre.

Les artistes au salut. De gauche à droite : Dominik Wörner, Shimon Yoshida, Masato Suzuki, Marianne Beate Kielland et Carolyn Sampson – Photo Classicoulouse –

La lecture vivante de ce chef-d’œuvre absolu que nous offre l’ensemble japonais bénéficie d’une clarté polyphonique remarquable qui ménage également de belles transitions entre les épisodes : de l’émotion générée par le Lacrimosa à l’ardeur éclatante du Sanctus.

Cette exécution, qui s’achève sur le sourire lumineux du Lux aeterna, est suivie de celle du très bref mais particulièrement paisible Ave verum corpus K. 618. Cette œuvre, contemporaine du Requiem, en complète habilement l‘interprétation, comme s’il s’agissait d’un bis sollicité par l’accueil enthousiaste du public.

Serge Chauzy

Programme du concert :

W. A. Mozart :

* Symphonie n°40, en sol mineur K.550

* Requiem, en ré mineur K.626

* Motet en ré majeur, Ave verum Corpus, K.618

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